Les Pays-Bas interdisent Polymarket pour services de jeu illégaux

📋 En bref (TL;DR)
- Interdiction officielle : Les Pays-Bas ont ordonné à Polymarket de cesser ses activités sous peine d’amendes de 420 000 € par semaine
- Montant maximum : Les pénalités peuvent atteindre 840 000 €, avec des sanctions supplémentaires basées sur le chiffre d’affaires
- Décision immédiate : Polymarket a bloqué les utilisateurs néerlandais dès le 20 février 2026
- Volume concerné : Les Néerlandais auraient parié plus de 27 millions d’euros sur la plateforme
- Vague européenne : Portugal, France, Belgique, Italie, Hongrie ont également pris des mesures restrictives
- Enjeu démocratique : Les paris sur les élections néerlandaises ont déclenché l’enquête
L’autorité néerlandaise des jeux de hasard, la Kansspelautoriteit (Ksa), vient de frapper un grand coup dans l’univers des marchés prédictifs crypto. Dans une décision rendue le 20 janvier 2026 et entrée en vigueur cette semaine, elle ordonne à Polymarket de cesser immédiatement ses activités aux Pays-Bas, sous peine de lourdes sanctions financières.
Cette décision s’inscrit dans une vague de restrictions européennes qui interroge l’avenir de ces plateformes innovantes sur le Vieux Continent. Pour les investisseurs crypto européens, elle soulève des questions fondamentales sur la frontière entre l’innovation financière et les jeux de hasard régulés.
Polymarket : qu’est-ce que c’est exactement ?
Polymarket est une plateforme de marchés prédictifs décentralisée, fondée en 2020 et basée à Manhattan. Elle permet aux utilisateurs de parier sur l’issue d’événements futurs : élections, décisions économiques, événements sportifs, météo, ou même des questions insolites comme « Jésus-Christ reviendra-t-il avant la fin de l’année ? ».
Techniquement, Polymarket fonctionne sur la blockchain Polygon, une solution de couche 2 d’Ethereum, et utilise l’USDC (un stablecoin indexé sur le dollar) pour les transactions. Cette infrastructure crypto permet des règlements rapides et transparents, sans intermédiaire bancaire traditionnel.
La plateforme a connu une croissance explosive, notamment autour des élections américaines de 2024, où les volumes d’échanges ont dépassé 13,5 milliards de dollars mensuels selon un rapport Dune/Keyrock de novembre 2025. Ce succès a attiré l’attention des régulateurs du monde entier.
La décision de la Kansspelautoriteit : les détails
Une enquête déclenchée par les paris électoraux
L’autorité néerlandaise a ouvert son enquête après avoir constaté que Polymarket permettait aux résidents néerlandais de parier sur les élections parlementaires d’octobre 2025. Pour les régulateurs, ces paris sur le processus démocratique représentent un « risque sociétal » majeur, pouvant potentiellement influencer les élections elles-mêmes.
Dans sa décision, Ella Seijsener, directrice des licences et de la supervision à la Ksa, déclare sans ambiguïté : « Ces types d’entreprises offrent des paris qui ne sont permis en aucune circonstance sur notre marché, même pas par les détenteurs de licence. »
Les preuves rassemblées par les régulateurs
La Ksa a démontré que Polymarket ciblait délibérément le marché néerlandais. L’enquête a établi que :
- La plateforme était accessible depuis des adresses IP néerlandaises
- Les paiements en euros via des banques néerlandaises étaient acceptés
- Un support client en néerlandais était disponible
- Les Pays-Bas n’étaient pas exclus dans les conditions d’utilisation
Les enquêteurs ont même réussi à créer un compte, déposer 10 € via Mastercard depuis une banque néerlandaise, et placer des paris sur des marchés politiques. Preuve accablante que la plateforme opérait bien sans licence sur le territoire.
Les sanctions financières
La décision prévoit une amende de 420 000 € par semaine de non-conformité, plafonnée à 840 000 €. Mais la Ksa a précisé que des sanctions supplémentaires, calculées sur le chiffre d’affaires, pourraient s’ajouter ultérieurement. Face à cette pression, Polymarket a choisi de bloquer les utilisateurs néerlandais dès le 20 février 2026.
Marché prédictif ou jeu de hasard : le débat juridique
La position de Polymarket
Polymarket et son concurrent Kalshi ont toujours rejeté la classification de « gambling ». Shayne Coplan, fondateur de Polymarket, soutient que sa plateforme constitue une « infrastructure financière », comparable aux marchés de dérivés. Tarek Mansour, CEO de Kalshi, va plus loin en affirmant : « Si nous sommes du gambling, alors vous appelez l’ensemble des marchés financiers du gambling. »
L’argument central est que les utilisateurs échangent des « contrats d’événements » entre eux, et non contre un bookmaker. Le prix de ces contrats reflète l’agrégation des informations et des anticipations du marché, un mécanisme similaire aux marchés financiers traditionnels.
La position des régulateurs
La Ksa a balayé ces arguments. Dans sa décision, elle considère que « les paiements dépendent d’événements incertains hors du contrôle des participants », ce qui correspond à la définition légale d’un jeu de hasard selon l’article 1(1)(a) de la loi néerlandaise sur les jeux.
Jan Scheele, membre du conseil de la Blockchain Netherlands Foundation, explique cette position : « Les autorités se concentrent généralement sur ce qu’un produit permet aux utilisateurs de faire, plutôt que sur comment il est étiqueté. Si les utilisateurs peuvent miser de l’argent sur des événements incertains et recevoir un retour financier s’ils ont raison, cela ressemble à un pari. »
L’Europe ferme ses portes : un effet domino
Les Pays-Bas ne sont pas un cas isolé. L’Europe devient la région la plus restrictive au monde pour les marchés prédictifs crypto :
- Portugal : blocage national de Polymarket en janvier 2026, après des paris massifs sur l’élection présidentielle (un trader aurait gagné 44 000 $ avec une mise de 910 $)
- France : restrictions sur les fonctionnalités de paris depuis 2024
- Belgique et Italie : accès bloqué à la plateforme
- Hongrie : interdiction formelle pour activité de gambling illégale
- Allemagne : enquête de la GGL (autorité des jeux) en cours
Cette convergence réglementaire européenne contraste avec les États-Unis, où Polymarket et Kalshi ont noué des partenariats avec des médias majeurs (CNBC, CNN, ESPN) et où le débat reste ouvert, malgré des poursuites judiciaires en cours.
Impact pour les investisseurs crypto européens
Un accès de plus en plus restreint
Pour les résidents européens intéressés par les marchés prédictifs, les options légales se réduisent. Les VPN permettent techniquement de contourner les blocages, mais exposent à des risques juridiques et les plateformes renforcent leurs contrôles géographiques.
Le stablecoin USDC au cœur du modèle
Polymarket a récemment annoncé un partenariat stratégique avec Circle, l’émetteur de l’USDC, pour renforcer son infrastructure de règlement. Ce partenariat souligne l’importance des stablecoins dans l’écosystème des marchés prédictifs, mais aussi leur exposition aux régulations futures.
Une question de philosophie réglementaire
Jan Scheele résume bien la tension : « Les Pays-Bas ont la réputation d’appliquer des standards relativement stricts en matière de conformité réglementaire, y compris dans les secteurs émergents comme la crypto. Cela reflète une culture réglementaire qui privilégie la protection des consommateurs et l’intégrité systémique plutôt qu’une approche permissive favorisant l’innovation. »
Cette philosophie « protection d’abord » s’étend progressivement à toute l’Union européenne, dans le sillage du règlement MiCA sur les crypto-actifs.
Que retenir pour l’avenir ?
L’interdiction de Polymarket aux Pays-Bas marque un tournant dans la régulation des marchés prédictifs crypto en Europe. Plusieurs enseignements se dégagent :
- La classification légale prime : peu importe comment une plateforme se définit, ce sont les régulateurs qui tranchent
- Les paris électoraux sont un ligne rouge : l’argument démocratique pèse lourd dans les décisions
- L’Europe durcit sa position : une tendance qui devrait se poursuivre
- L’innovation blockchain ne suffit pas : la technologie ne protège pas des obligations réglementaires
Pour les investisseurs crypto européens, cette affaire rappelle l’importance de privilégier des plateformes régulées et conformes aux législations locales. L’innovation financière a besoin d’un cadre légal clair pour prospérer durablement.
📚 Glossaire
- Marché prédictif : Plateforme permettant de parier sur l’issue d’événements futurs (élections, économie, sport). Les prix des contrats reflètent la probabilité estimée par le marché.
- Blockchain : Technologie de registre distribué qui enregistre les transactions de manière transparente et immuable, sans autorité centrale.
- USDC : Stablecoin émis par Circle, indexé 1:1 sur le dollar américain. Utilisé comme monnaie de transaction sur Polymarket.
- Stablecoin : Cryptomonnaie dont la valeur est arrimée à un actif stable (dollar, euro, or) pour minimiser la volatilité.
- Polygon : Blockchain de couche 2 (Layer 2) construite sur Ethereum, offrant des transactions rapides et peu coûteuses.
- Kansspelautoriteit (Ksa) : Autorité néerlandaise de régulation des jeux de hasard, équivalent de l’ANJ en France.
Questions fréquentes
Pourquoi les Pays-Bas ont-ils interdit Polymarket ?
La Kansspelautoriteit considère que Polymarket offre des services de jeux de hasard illégaux sans licence. Les paris sur les élections néerlandaises ont particulièrement alerté les régulateurs sur les risques démocratiques.
Polymarket est-il légal en France ?
Polymarket a restreint ses fonctionnalités de paris pour les utilisateurs français depuis 2024. Les paris ne sont pas accessibles, mais la consultation des marchés reste possible.
Quelle est la différence entre un marché prédictif et un site de paris ?
Polymarket argue que ses utilisateurs échangent des contrats entre eux (comme sur les marchés financiers), tandis que les sites de paris opposent les joueurs à un bookmaker. Les régulateurs européens rejettent cette distinction.
Peut-on utiliser un VPN pour accéder à Polymarket depuis l’Europe ?
Techniquement possible, mais juridiquement risqué. Les plateformes renforcent leurs contrôles et les utilisateurs s’exposent à des sanctions si les régulateurs locaux poursuivent.
Quels autres pays européens ont interdit Polymarket ?
Le Portugal, la Belgique, l’Italie et la Hongrie ont bloqué ou interdit Polymarket. La France a restreint les fonctionnalités de paris. L’Allemagne mène une enquête.
📰 Sources
Cet article s’appuie sur les sources suivantes :
- Kansspelautoriteit – Communiqué officiel de l’autorité néerlandaise des jeux (février 2026)
- Decrypt – Netherlands Bans Polymarket Over ‘Illegal Gambling Services’ (21 février 2026)
- NL Times – Dutch regulators block access to U.S. betting site (20 février 2026)
- BeInCrypto – Another European Country Bans Polymarket (21 février 2026)
Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). Les Pays-Bas interdisent Polymarket pour services de jeu illégaux. Consulté le 21 février 2026 sur https://fibo-crypto.fr/blog/pays-bas-interdiction-polymarket-jeu-illegal


