Meta relance son stablecoin via Stripe : le géant tech vise 3 milliards d’utilisateurs

📋 En bref (TL;DR)
- Retour programmé : Meta prépare l’intégration de paiements en stablecoins pour le second semestre 2026 sur Facebook, Instagram et WhatsApp
- Partenariat Stripe : Le géant des paiements, dont le CEO siège au board de Meta, est le candidat privilégié pour opérer l’infrastructure
- Leçon de Libra : Contrairement au projet avorté de 2019, Meta ne créera pas sa propre monnaie mais utilisera des stablecoins existants
- Distribution massive : Avec plus de 3 milliards d’utilisateurs, Meta deviendrait le plus grand canal de distribution pour les stablecoins
- Cas d’usage ciblé : Paiements aux créateurs et transferts internationaux à faible coût, en concurrence directe avec X et Telegram
Sept ans après l’annonce fracassante de Libra qui avait secoué le monde financier, Meta prépare son grand retour dans l’univers des stablecoins. Cette fois, Mark Zuckerberg a retenu les leçons du passé : plutôt que de créer une monnaie mondiale qui a effrayé les régulateurs, le géant des réseaux sociaux adopte une stratégie plus discrète mais potentiellement tout aussi révolutionnaire.
Selon des sources proches du dossier rapportées par CoinDesk, Meta vise le second semestre 2026 pour déployer des paiements en stablecoins sur ses plateformes. L’enjeu est colossal : Facebook, Instagram et WhatsApp cumulent plus de 3 milliards d’utilisateurs actifs, soit près de 40% de la population mondiale.
De Libra à une nouvelle philosophie : Meta change de stratégie
Le projet Libra, annoncé en juin 2019, avait pour ambition de créer une monnaie numérique mondiale adossée à un panier de devises. Face à l’opposition virulente des régulateurs américains et européens, le projet a été rebaptisé Diem puis finalement abandonné début 2022, ses actifs vendus à la hâte.
« This thing’s dead » (ce truc est mort), aurait confié Zuckerberg à John Collison de Stripe, selon Fortune. Mais cette mort apparente cachait une réflexion profonde sur les erreurs commises.
Une approche « à distance de bras »
La différence fondamentale avec Libra tient en une phrase révélatrice d’une source proche du dossier : « Ils veulent faire ça, mais à distance de bras« . Concrètement, Meta ne sera plus émetteur de stablecoin mais simple canal de distribution.
Cette subtilité change tout : en utilisant des stablecoins existants comme l’USDC de Circle, Meta évite les accusations de vouloir créer une « monnaie privée » concurrente des devises souveraines. L’entreprise se positionne comme un facilitateur de paiements, pas comme une banque centrale alternative.
Stripe et Bridge : l’infrastructure du nouveau Meta Payments
Le choix du partenaire n’est pas anodin. Meta a lancé des appels d’offres (RFP) auprès de plusieurs prestataires, mais Stripe émerge comme le candidat naturel pour piloter cette intégration.
Une convergence d’intérêts
Les liens entre les deux entreprises se sont considérablement renforcés :
- Octobre 2024 : Stripe acquiert Bridge, spécialiste de l’infrastructure stablecoin, pour environ 1,1 milliard de dollars
- Avril 2025 : Patrick Collison, CEO de Stripe, rejoint le conseil d’administration de Meta
- Février 2026 : Bridge obtient l’approbation conditionnelle de l’OCC (Office of the Comptroller of the Currency) pour une charte de banque fiduciaire nationale
Cette dernière approbation est cruciale : elle permet à Bridge d’opérer « dans un cadre fédéral clair« , exactement le type de garantie réglementaire dont Meta a besoin pour avancer sereinement.
Des volumes en explosion
Dans sa lettre annuelle 2025 publiée lundi, Stripe indique que le volume de transactions de Bridge a quadruplé l’année dernière. « Les paiements en stablecoins progressent discrètement mais inexorablement, l’adoption réelle continuant son cours« , écrit l’entreprise.
Le GENIUS Act : un contexte réglementaire transformé
Si Libra s’est heurté à un mur politique, le paysage réglementaire américain a radicalement changé depuis. Le GENIUS Act, signé par le président Trump en juillet 2025, établit pour la première fois un cadre juridique fédéral pour les émetteurs de stablecoins aux États-Unis.
Cette loi historique a ouvert les vannes à de nouveaux acteurs et légitimé les stablecoins comme instruments financiers régulés. L’analyste fintech Simon Taylor résume : « Les stablecoins sont passés du statut d’objet de panique réglementaire à celui de primitive financière régulée.«
De l’hostilité à la tolérance
En 2019, les auditions de Zuckerberg devant le Congrès avaient viré au procès, les élus des deux bords s’unissant contre le « projet risqué » de Facebook. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si les stablecoins doivent exister, mais comment ils doivent être encadrés.
Meta n’a plus besoin que les régulateurs « l’aiment » — seulement qu’ils tolèrent un modèle d’intégration où l’émission, les réserves et la conformité restent entre les mains de partenaires agréés.
Paiements créateurs et commerce social : les cas d’usage visés
L’intérêt de Meta se concentre sur un problème concret : réduire les frictions des paiements internationaux, notamment pour les créateurs de contenu. Un transfert de 100 dollars vers un influenceur au Brésil ou aux Philippines génère aujourd’hui des frais bancaires et de change disproportionnés.
L’économie des créateurs en ligne de mire
Avec Instagram Reels, la monétisation Facebook et WhatsApp Business, Meta dispose d’un écosystème créateur massif qui pourrait bénéficier de :
- Coûts réduits pour les paiements transfrontaliers
- Règlements instantanés versus les délais bancaires traditionnels (3-5 jours)
- Accessibilité mondiale pour les créateurs non bancarisés
La course aux « super apps »
Ce mouvement place Meta en concurrence directe avec X (ex-Twitter) d’Elon Musk, qui prépare également des fonctionnalités de paiements crypto, et Telegram, qui intègre déjà des solutions de paiement blockchain. L’objectif commun : devenir une « super app » à la WeChat chinoise, combinant messagerie, réseaux sociaux et services financiers.
Les défis qui attendent Meta
Malgré un contexte plus favorable, plusieurs obstacles demeurent sur la route de Meta.
Le déficit de confiance
L’affaire Cambridge Analytica et les controverses sur la gouvernance des plateformes ont durablement entamé la réputation de Meta. Tout projet touchant aux données financières des utilisateurs sera scruté avec une attention particulière par les régulateurs et l’opinion publique.
Questions techniques ouvertes
Plusieurs interrogations restent sans réponse :
- Quels stablecoins seront supportés ? L’USDC de Circle semble favori compte tenu de son positionnement réglementaire
- Les paiements seront-ils visibles on-chain ou abstraits pour l’utilisateur final ?
- Comment Meta gérera-t-il la custody des wallets et la conformité KYC/AML ?
- Les marchés non-américains serviront-ils de bac à sable réglementaire avant un déploiement aux États-Unis ?
L’expérience utilisateur, nerf de la guerre
Les stablecoins fonctionnent parfaitement en B2B et dans les flux techniques. Mais l’adoption grand public achoppe souvent sur l’interface utilisateur. Meta devra rendre les paiements crypto aussi simples qu’un virement PayPal pour conquérir ses 3 milliards d’utilisateurs.
Un tournant pour l’adoption des stablecoins ?
Si Meta réussit son pari, les implications dépassent largement le cadre de l’entreprise. Donner accès à des paiements en dollars numériques, à faible coût, à 3 milliards de personnes représenterait le plus grand canal de distribution jamais créé pour les stablecoins.
Pour l’écosystème crypto, c’est potentiellement l’événement d’adoption massive tant attendu — non pas par le biais d’un Bitcoin à 500 000 dollars ou d’une DeFi complexe, mais via un simple bouton « Envoyer de l’argent » sur WhatsApp.
Le second semestre 2026 nous dira si Meta a véritablement tiré les leçons de l’échec Libra, ou si l’histoire est condamnée à se répéter.
📚 Glossaire
- Stablecoin : Cryptomonnaie dont le cours est adossé à un actif stable, généralement le dollar américain. Contrairement au Bitcoin, un stablecoin vise à maintenir une parité 1:1 avec sa devise de référence.
- USDC : USD Coin, stablecoin émis par Circle et adossé au dollar américain. Considéré comme l’un des stablecoins les plus régulés du marché.
- On-chain : Désigne les transactions enregistrées directement sur une blockchain, traçables et immuables. Par opposition aux transactions « off-chain » qui se déroulent hors de la blockchain.
- Custody (garde) : Service de conservation sécurisée des actifs numériques. La question de qui détient les clés privées des wallets est cruciale pour la sécurité des fonds.
- OCC : Office of the Comptroller of the Currency, régulateur américain supervisant les banques nationales. Son approbation est nécessaire pour opérer certains services financiers aux États-Unis.
- KYC/AML : Know Your Customer / Anti-Money Laundering. Procédures obligatoires de vérification d’identité et de lutte contre le blanchiment imposées aux acteurs financiers.
Questions fréquentes
Meta va-t-il créer sa propre cryptomonnaie comme Libra ?
Non. Contrairement au projet Libra/Diem, Meta ne prévoit pas d’émettre sa propre monnaie. L’entreprise utilisera des stablecoins existants comme l’USDC via des partenaires comme Stripe, se positionnant comme distributeur plutôt qu’émetteur.
Quand les paiements en stablecoin seront-ils disponibles sur Facebook et WhatsApp ?
Selon les sources de CoinDesk, Meta vise une intégration au second semestre 2026. Le calendrier exact dépendra des négociations avec les partenaires et des approbations réglementaires.
Pourquoi Meta a-t-il abandonné le projet Libra ?
Libra a été abandonné face à l’opposition massive des régulateurs américains et européens qui voyaient d’un mauvais œil une entreprise privée créer une monnaie mondiale. Les auditions au Congrès et la pression politique ont eu raison du projet, dont les actifs ont été vendus en 2022.
Quel est le rôle de Stripe dans ce projet ?
Stripe, via sa filiale Bridge (acquise pour 1,1 milliard de dollars), fournirait l’infrastructure technique pour les paiements en stablecoin. Le CEO de Stripe, Patrick Collison, siège au board de Meta depuis avril 2025, renforçant les liens entre les deux entreprises.
Les paiements crypto Meta seront-ils sécurisés ?
Meta travaillera avec des partenaires régulés opérant sous supervision de l’OCC américain. Les procédures KYC/AML standard s’appliqueront. Cependant, les détails sur la custody des wallets et la protection des utilisateurs n’ont pas encore été communiqués.
📰 Sources
Cet article s’appuie sur les sources suivantes :
- CoinDesk – Article original révélant les plans de Meta, citant trois sources proches du dossier (24 février 2026)
- Blockhead – Analyse du partenariat Stripe-Meta et du contexte réglementaire (25 février 2026)
- Brave New Coin – Analyse approfondie comparant la stratégie actuelle avec l’échec Libra
Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). Meta relance son stablecoin via Stripe : le géant tech vise 3 milliards d’utilisateurs. Consulté sur https://fibo-crypto.fr/blog/meta-stablecoin-stripe-retour-2026

