Trump envisage un stablecoin pour reconstruire Gaza : le Board of Peace mise sur la crypto

📋 En bref (TL;DR)

  • Board of Peace : L’organisme créé par Trump explore un stablecoin adossé au dollar pour reconstruire l’économie de Gaza
  • Financement massif : 10 milliards de dollars américains engagés, complétés par des contributions internationales
  • Infrastructure numérique : Le projet vise à pallier l’effondrement du système bancaire traditionnel dans le territoire
  • Acteurs clés : Liran Tancman, ex-officier du renseignement israélien, pilote le volet technologique
  • Controverses : Des préoccupations majeures émergent concernant la surveillance financière et la souveraineté palestinienne
  • Phase préliminaire : Aucun calendrier officiel ni architecture technique n’ont encore été définis
L’intersection entre géopolitique et cryptomonnaies prend une tournure sans précédent. Le « Board of Peace » de Donald Trump, l’organisme chargé de superviser la reconstruction de Gaza, étudie sérieusement l’introduction d’un stablecoin adossé au dollar américain pour les habitants du territoire. Cette initiative, révélée par le Financial Times le 23 février 2026, marquerait la première tentative de reconstruire une économie post-conflit en utilisant une infrastructure monétaire numérique. Alors que le système bancaire de Gaza reste paralysé après des années de conflit, cette proposition soulève autant d’espoirs que de questions éthiques profondes. Décryptage d’un projet qui pourrait redéfinir le rôle des cryptomonnaies dans les zones de crise.

Le Board of Peace : une gouvernance internationale controversée

Composition et mission de l’organisme

Le Board of Peace, inauguré le 19 février 2026 à Washington, représente le pilier central du plan en 20 points de Trump pour Gaza. Présidé par le président américain lui-même, cet organisme regroupe des personnalités internationales de premier plan : le secrétaire d’État Marco Rubio, l’envoyé spécial Steve Witkoff, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, et Ajay Banga, président de la Banque mondiale. Sa mission couvre trois volets essentiels : la gouvernance transitoire du territoire, la planification de la reconstruction, et la relance économique. Le Board coordonne également ses actions avec un comité technocratique palestinien chargé de restaurer les services essentiels et de gérer l’administration quotidienne.

Un engagement financier colossal

Lors de la réunion inaugurale, Trump a annoncé un engagement américain de 10 milliards de dollars, complété par plus d’un milliard de dollars promis par les autres pays membres du conseil. Cependant, cette allocation n’a pas été formellement approuvée par le Congrès américain, seul habilité à autoriser de telles dépenses, ce qui soulève des questions sur la légalité de cette promesse.

Un stablecoin pour pallier l’effondrement bancaire

La crise monétaire à Gaza

Depuis le début du conflit en octobre 2023, le système financier de Gaza a subi des dégâts considérables. Les distributeurs automatiques ont été détruits, et Israël a restreint l’entrée de shekels physiques dans le territoire. Bien que certaines banques aient rouvert fin 2025, la plupart peinent à fournir du liquide à leurs clients. Cette pénurie a naturellement poussé les Gazaouis vers les paiements numériques. Selon des données on-chain, plus de 100 millions de dollars auraient déjà transité via des stablecoins dans la région, sans supervision stricte. C’est dans ce contexte que l’idée d’un stablecoin officiel a émergé.

Architecture du projet

Selon les cinq sources familières avec les discussions interrogées par le Financial Times, le stablecoin envisagé serait :
  • Indexé sur le dollar américain pour garantir la stabilité de sa valeur
  • Conçu comme un « moyen de transaction numérique », et non comme une nouvelle monnaie souveraine palestinienne
  • Gouverné conjointement par le Board of Peace et l’administration technocratique intérimaire de Gaza
Une source proche des discussions a tenu à préciser : « Ce ne sera pas un ‘Gaza Coin’ ou une nouvelle devise palestinienne, mais un moyen permettant aux Gazaouis d’effectuer des transactions numériquement. »

Les acteurs technologiques derrière le projet

Liran Tancman : du renseignement à la reconstruction

Le développement technique du stablecoin est piloté par Liran Tancman, co-fondateur de l’Israeli Cyber Command et ancien officier du renseignement israélien. Il a également co-fondé la Gaza Humanitarian Foundation (GHF), une organisation d’aide humanitaire qui a fait l’objet de vives critiques pour sa gestion sous influence américaine et israélienne. Tancman dirige désormais les efforts du National Committee for the Administration of Gaza (NCAG), une entité travaillant sous l’égide du Board of Peace. Il a détaillé la semaine dernière ses ambitions pour moderniser l’infrastructure numérique du territoire.

Une vision technologique ambitieuse

Parmi les projets annoncés par Tancman :
  • Mise à niveau du réseau 2G vers un accès haut débit gratuit d’ici juillet 2026
  • Création d’une « dorsale numérique sécurisée » permettant les paiements électroniques, les services financiers, l’e-learning et la santé
  • Développement d’un système logistique « de type Amazon » pour faciliter le commerce et les importations
« Nous faisons progresser un système logistique de type Amazon pour aider les Palestiniens à lancer des entreprises, importer à l’échelle mondiale et commercer en toute sécurité », a déclaré Tancman.

Les connexions troublantes avec l’écosystème crypto Trump

Tether et Howard Lutnick

Si le Board of Peace décidait de promouvoir un stablecoin existant, Tether (USDT) serait un candidat évident. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick entretient des liens profonds avec cette cryptomonnaie : sa société Cantor Fitzgerald détient 5% du capital de Tether. Bien que Lutnick se soit désengagé personnellement, ses fils Brandon et Kyle dirigent désormais la firme.

World Liberty Financial : le stablecoin de la famille Trump

Une autre option serait USD1, le stablecoin de World Liberty Financial, co-fondé par Donald Trump Jr. et Eric Trump. Ce token, censé être indexé sur le dollar, a connu un incident notable le 24 février : il a brièvement décroché de sa parité, chutant à 0,994 dollar avant de se stabiliser. La société a attribué cet épisode au piratage de comptes de co-fondateurs.

Préoccupations éthiques et géopolitiques

Le spectre de la surveillance financière

L’introduction d’une monnaie numérique contrôlée par un organisme international soulève des inquiétudes majeures. Chaque transaction pourrait être tracée, et l’accès aux fonds pourrait potentiellement être restreint ou révoqué par les autorités de gouvernance. Cette perspective alimente les critiques de ceux qui y voient un outil de surveillance et de contrôle plutôt qu’un instrument de libération économique. Dans un territoire déjà marqué par des restrictions de mouvement et d’accès, ajouter une couche de contrôle financier numérique pose question.

Fragmentation économique et souveraineté

L’introduction d’un système de paiement distinct pour Gaza risque également de creuser le fossé économique avec la Cisjordanie, fragmentant davantage les territoires palestiniens. De plus, l’absence de cadre réglementaire clair à Gaza complique la perspective d’un déploiement sécurisé, notamment en matière de lutte contre le blanchiment d’argent. Des observateurs soulignent que la domination des stablecoins américains sur le marché mondial pourrait conférer à Washington une influence financière indirecte supplémentaire sur la région.

Des obstacles techniques considérables

L’infrastructure télécoms de Gaza, limitée à des connexions 2G lentes et peu fiables, constitue un frein majeur à l’adoption d’une monnaie numérique. Cette limitation, imposée par Israël officiellement pour cibler le Hamas, affecte directement les 2 millions d’habitants du territoire.

Un précédent mondial pour les cryptomonnaies

La crypto comme outil de reconstruction

Si ce projet aboutit, il représenterait une première mondiale : l’utilisation d’une infrastructure monétaire numérique pour reconstruire une économie post-conflit. Cette expérimentation pourrait servir de modèle – ou de contre-exemple – pour d’autres situations similaires à l’avenir. Les partisans du projet soulignent ses avantages potentiels : livraison d’aide humanitaire facilitée, paiement des salaires simplifié, transactions quotidiennes possibles même sans banques fonctionnelles, et transparence accrue dans la distribution de l’aide.

Un projet encore hypothétique

À ce stade, le stablecoin pour Gaza reste au stade exploratoire. Aucun émetteur n’a été désigné, aucun calendrier de déploiement n’a été communiqué, et l’architecture technique demeure floue. Le projet cristallise néanmoins une évolution notable : les stablecoins ne sont plus seulement des instruments de marché, mais des outils envisagés pour des enjeux de reconstruction et d’influence géopolitique. Entre innovation financière et contraintes réglementaires, l’avenir de cette initiative dépendra autant des choix politiques que des garanties de supervision qui seront mises en place.

📚 Glossaire

  • Stablecoin : Cryptomonnaie dont la valeur est indexée sur un actif stable, généralement le dollar américain. Contrairement au Bitcoin, un stablecoin maintient une parité fixe (1 token = 1 dollar).
  • Board of Peace : Organisme international créé par Donald Trump en février 2026 pour superviser la reconstruction de Gaza. Il regroupe des officiels américains et des personnalités internationales.
  • Tether (USDT) : Le stablecoin le plus utilisé au monde, émis par la société Tether Limited. Chaque USDT est censé être adossé à un dollar en réserve.
  • Shekel : Monnaie officielle d’Israël (ILS), également utilisée dans les territoires palestiniens. Son accès physique à Gaza est restreint depuis 2023.
  • On-chain : Désigne les transactions enregistrées directement sur une blockchain, traçables et vérifiables publiquement.
  • Depegging : Perte temporaire de la parité d’un stablecoin avec son actif de référence. Un stablecoin indexé sur le dollar qui descend à 0,99$ subit un depegging.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Board of Peace de Trump ?

Le Board of Peace est un organisme international créé par Donald Trump en février 2026 pour superviser la reconstruction de Gaza. Présidé par Trump lui-même, il regroupe des officiels américains et des personnalités internationales comme Tony Blair et le président de la Banque mondiale.

Pourquoi Gaza aurait-elle besoin d’un stablecoin ?

Le système bancaire de Gaza a été largement détruit pendant le conflit : distributeurs automatiques hors service, accès au cash limité, banques incapables de fournir des liquidités. Un stablecoin permettrait des transactions numériques sans infrastructure bancaire traditionnelle.

Quel stablecoin pourrait être utilisé à Gaza ?

Plusieurs options sont possibles : un nouveau stablecoin dédié, Tether (USDT) qui a des liens avec le secrétaire au Commerce Howard Lutnick, ou USD1, le stablecoin de World Liberty Financial co-fondé par les fils de Trump.

Quels sont les risques d’un stablecoin contrôlé par une entité internationale ?

Les principales préoccupations concernent la surveillance financière (toutes les transactions traçables), le contrôle potentiel de l’accès aux fonds, et l’influence indirecte des États-Unis sur l’économie palestinienne.

Quand ce stablecoin pourrait-il être déployé ?

Le projet est encore au stade exploratoire. Aucun calendrier officiel n’a été communiqué, et l’architecture technique reste à définir. La modernisation du réseau télécoms vers le haut débit est prévue pour juillet 2026.

📰 Sources

Cet article s’appuie sur les sources suivantes :

  • Financial Times – Donald Trump’s ‘Board of Peace’ explores stablecoin for Gaza (23 février 2026)
  • BeInCrypto – Trump’s Board of Peace Could Launch a Dollar-Backed Stablecoin In Gaza
  • Gizmodo – Trump’s So-Called ‘Board of Peace’ Wants to Put Gaza on the Blockchain
  • CoinTribune – Gaza Reconstruction May Involve US Backed Stablecoin

Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). Trump envisage un stablecoin pour reconstruire Gaza : le Board of Peace mise sur la crypto. Consulté le 25 février 2026 sur https://fibo-crypto.fr