Enlèvements crypto : premières condamnations à Amiens, la justice se durcit

📋 En bref (TL;DR)
- 9 et 5 ans de prison ferme : Le tribunal d’Amiens a condamné deux hommes de 19 et 24 ans pour séquestration avec violence liée aux cryptomonnaies
- Première condamnation significative : Il s’agit de l’une des premières peines fermes prononcées en France pour un enlèvement motivé par le vol de cryptoactifs
- 40+ enlèvements depuis 2023 : La police recense plus de quarante affaires similaires sur le territoire français
- Commanditaires à l’étranger : Les enquêteurs identifient des réseaux criminels pilotés depuis l’étranger via des relais locaux
- Signal pour les futures affaires : Cette condamnation pourrait faire jurisprudence pour les nombreux dossiers en instruction
Le 23 février 2026, le tribunal correctionnel d’Amiens a rendu un verdict historique : deux hommes de 19 et 24 ans ont été condamnés respectivement à neuf et cinq ans de prison ferme pour avoir séquestré une famille dans le but de lui extorquer des cryptomonnaies. Cette décision marque un tournant judiciaire majeur dans la lutte contre cette nouvelle forme de criminalité qui terrorise le secteur crypto français.
Alors que la France recense plus de 40 enlèvements liés aux cryptomonnaies depuis juillet 2023, cette condamnation envoie un message clair : la justice est désormais prête à frapper fort contre les auteurs de ces violences. Pour les investisseurs et professionnels du secteur, c’est un premier pas vers une réponse pénale à la hauteur de la menace.
L’affaire de Revelles : une nuit de terreur le soir d’Halloween
Les faits se sont déroulés le 31 octobre 2025 dans la commune de Revelles, en Somme. Ce soir-là, trois hommes cagoulés ont fait irruption dans le domicile d’une famille. Leur cible : un père de famille identifié comme détenteur de cryptomonnaies.
Un scénario d’une violence extrême
Les agresseurs ont séquestré cinq personnes : le couple, leurs deux enfants en bas âge et la grand-mère. Pendant plusieurs heures, ils ont exercé une pression intense sur le père de famille pour obtenir un transfert de fonds depuis son téléphone portable.
Les menaces proférées étaient d’une rare violence. « Sur la Mecque, je vais te tuer, je vais te couper les doigts », a lancé l’un des assaillants, selon les déclarations rapportées par la présidente du tribunal. Le père et la grand-mère ont été ligotés et frappés à plusieurs reprises.
Mais contre toute attente, la victime a réussi à défaire ses liens et à repousser les malfaiteurs. Paniqués, ces derniers ont pris la fuite en voiture, emportant un téléphone volé — une erreur qui conduira à leur arrestation.
Une enquête facilitée par une erreur des malfaiteurs
Le téléphone dérobé à la famille a permis aux enquêteurs de localiser deux des suspects à Melun, en Seine-et-Marne, deux mois après les faits. Les interpellations ont eu lieu en décembre 2025.
Lors de leur comparution, les deux prévenus ont reconnu les faits et présenté leurs excuses. Ils ont affirmé avoir été recrutés par un mystérieux commanditaire qui transmettait ses instructions sous la menace. Le troisième homme, considéré comme l’homme de confiance du donneur d’ordre, est toujours activement recherché.
Des peines exemplaires pour marquer un tournant
Le tribunal correctionnel d’Amiens a prononcé des peines sévères : neuf ans de prison ferme pour le plus âgé des prévenus (24 ans) et cinq ans pour le plus jeune (19 ans). Les deux hommes devront également verser 7 000 euros d’indemnisation à chacune des trois victimes adultes au titre du préjudice moral.
Une jurisprudence attendue
Cette condamnation est particulièrement significative car elle constitue l’une des premières peines fermes prononcées en France pour un enlèvement motivé par le vol de cryptoactifs. Jusqu’alors, le sentiment d’impunité prévalait parmi les criminels : les procédures étant longues, aucune condamnation médiatisée n’avait encore eu lieu.
« On a envoyé au casse-pipe deux gamins, ce ne sont pas les cerveaux de l’affaire », a tenté de plaider Me Amel Bensaci, avocate de la défense. Un argument qui n’a pas convaincu le tribunal, déterminé à envoyer un signal fort.
Le traumatisme des victimes
Pour la famille agressée, les conséquences sont durables. « Le monde va mal et l’argent rend fou, mais rien ne justifie vos actes », a déclaré la mère de famille à la barre. « Vous avez été des pantins au service d’une personne qui n’en a rien à faire de vous. »
Le traumatisme a été tel que la famille a été contrainte de mettre sa maison en vente, vivant dans la peur constante d’une nouvelle agression. Un témoignage qui illustre l’impact psychologique profond de ces violences sur les victimes et leurs proches.
40+ enlèvements : l’ampleur d’un phénomène en expansion
L’affaire de Revelles n’est malheureusement pas un cas isolé. Selon une note du SIRASCO (Service d’Analyse de la Police Judiciaire), la France a recensé plus de 40 enlèvements ou séquestrations liés aux cryptomonnaies entre juillet 2023 et fin 2025. Plus de la moitié ont visé directement des détenteurs de cryptos ou des professionnels du secteur.
Des commanditaires basés à l’étranger
Les enquêteurs ont identifié un schéma récurrent : les opérations sont souvent pilotées par des « cerveaux » situés hors de France. Ces commanditaires passent par des intermédiaires locaux qui recrutent des exécutants jeunes — généralement moins de 30 ans, avec des antécédents de délits violents ou de trafics.
Cette organisation transnationale complique considérablement les enquêtes. Les frontières deviennent une protection pour les donneurs d’ordre, tandis que les exécutants, souvent des « pantins » selon leurs propres dires, se retrouvent en première ligne face à la justice.
Le rôle des réseaux sociaux dans le ciblage
Comment les criminels identifient-ils leurs victimes ? Les enquêteurs pointent du doigt les réseaux sociaux. TikTok, Instagram, YouTube : les contenus « lifestyle » se transforment en fiches de renseignements involontaires. Les habitudes, trajets, entourage et lieux fréquentés des investisseurs crypto sont accessibles publiquement.
Le profil type des victimes : des hommes de 20 à 35 ans, actifs dans la crypto, qu’ils soient investisseurs, entrepreneurs ou influenceurs. Pas forcément les plus riches, mais les plus exposés. Dans l’imaginaire des agresseurs, l’exposition vaut preuve de fortune.
Ce que change cette condamnation pour l’avenir
La décision du tribunal d’Amiens pourrait marquer un tournant dans le traitement judiciaire de ces affaires. Plusieurs éléments méritent d’être soulignés.
Vers des peines criminelles ?
Les condamnations prononcées (9 et 5 ans) correspondent à des peines correctionnelles. Or, le Code pénal français prévoit des sanctions bien plus lourdes pour les faits les plus graves : 20 ans de réclusion criminelle pour séquestration, 30 ans en cas d’actes de torture ou de barbarie.
Certains procureurs évoquent désormais la possibilité de renvoyer les affaires les plus violentes devant les cours d’assises. Ce serait un signal encore plus fort, avec des peines potentiellement doublées.
Une dissuasion encore insuffisante ?
Malgré cette première condamnation, les agressions continuent. Depuis début 2026, au moins six nouvelles affaires ont été recensées, dont des tentatives visant le PDG de Binance France et l’enlèvement d’une magistrate dont le conjoint travaille dans la crypto.
Le problème reste structurel : tant que les commanditaires à l’étranger ne seront pas inquiétés, le flux d’exécutants ne tarira pas. Les condamnations d’Amiens ne touchent que les « petites mains » d’un système plus vaste.
Les recommandations des autorités
Face à cette menace, les professionnels de la crypto sont invités à adopter des mesures de prudence : discrétion sur les réseaux sociaux, sécurisation des domiciles, diversification des lieux de stockage des actifs numériques. La police recommande également de ne jamais céder aux demandes de rançon, les paiements ayant tendance à encourager de nouvelles attaques.
Pour les victimes potentielles, la constitution d’une cellule de sécurité personnelle — incluant éventuellement le recours à des professionnels — devient une option à considérer sérieusement.
Une réponse judiciaire en construction
La condamnation d’Amiens s’inscrit dans un contexte plus large de prise de conscience des autorités. Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau s’était déclaré « totalement mobilisé » contre ces réseaux, qualifiant les exécutants de « narco-racailles ». Des renforts policiers ont été déployés, et la coopération internationale s’intensifie pour remonter jusqu’aux commanditaires.
Pour autant, de nombreux dossiers restent en instruction. Les 25 personnes mises en examen en mai 2025 — dont 18 placées en détention provisoire et 6 mineurs — attendent toujours leur procès. La décision d’Amiens pourrait servir de référence pour les jugements à venir.
En attendant, la vigilance reste de mise pour tous les acteurs de l’écosystème crypto français. La justice a montré qu’elle était prête à sévir. Reste à savoir si ce signal sera suffisant pour endiguer la vague de violences qui frappe le secteur depuis deux ans.
📚 Glossaire
- Cryptomonnaie : Monnaie numérique décentralisée utilisant la cryptographie pour sécuriser les transactions, comme Bitcoin ou Ethereum.
- Cryptoactif : Terme générique désignant tout actif numérique basé sur la blockchain, incluant les cryptomonnaies, tokens et NFTs.
- Binance : Plus grande plateforme d’échange de cryptomonnaies au monde en volume de transactions.
- Séquestration : Délit pénal consistant à priver quelqu’un de sa liberté de mouvement, puni jusqu’à 20 ans de réclusion en France.
- SIRASCO : Service d’Information, de Renseignement et d’Analyse Stratégique sur la Criminalité Organisée, rattaché à la police judiciaire.
- Wallet (portefeuille) : Logiciel ou appareil permettant de stocker et gérer ses cryptomonnaies de manière sécurisée.
Questions fréquentes
Quelles peines ont été prononcées lors du procès d’Amiens ?
Le tribunal correctionnel d’Amiens a condamné deux hommes de 19 et 24 ans à respectivement 5 et 9 ans de prison ferme pour séquestration avec violence liée aux cryptomonnaies. Ils devront également verser 7 000 euros d’indemnisation à chaque victime adulte.
Est-ce la première condamnation pour enlèvement crypto en France ?
Oui, cette décision du 23 février 2026 constitue l’une des premières condamnations fermes prononcées en France pour un enlèvement motivé par le vol de cryptomonnaies. Elle pourrait faire jurisprudence pour les nombreuses affaires en cours d’instruction.
Combien d’enlèvements crypto ont été recensés en France ?
Selon la police nationale (SIRASCO), plus de 40 enlèvements ou séquestrations liés aux cryptomonnaies ont été recensés en France entre juillet 2023 et fin 2025. Plus de la moitié visaient directement des détenteurs de cryptos ou des professionnels du secteur.
Qui sont les commanditaires de ces enlèvements ?
Les enquêteurs ont identifié que de nombreuses opérations sont pilotées par des commanditaires basés à l’étranger. Ils recrutent des exécutants locaux, généralement des jeunes de moins de 30 ans, via des intermédiaires en France.
Comment les victimes sont-elles identifiées par les criminels ?
Les criminels repèrent leurs cibles via les réseaux sociaux (TikTok, Instagram, YouTube). Les contenus lifestyle servent de fiches de renseignements involontaires, révélant habitudes, trajets et signes de richesse des investisseurs crypto.
📰 Sources
Cet article s’appuie sur les sources suivantes :
- 20 Minutes – « Je vais te couper les doigts »… Ils partent en prison après avoir séquestré une famille pour voler des cryptos (24 février 2026)
- Journal du Coin – Justice : Premières condamnations pour séquestration liée à la crypto à Amiens (25 février 2026)
- Cryptoast – Liste des enlèvements et agressions liés aux cryptomonnaies en France (mise à jour 24 février 2026)
- CoinTribune – La police relie les kidnappings en France à des cerveaux basés à l’étranger (24 février 2026)
Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). Enlèvements crypto : premières condamnations à Amiens, la justice se durcit. Consulté le 25 février 2026 sur https://fibo-crypto.fr/blog/enlevements-crypto-condamnations-amiens-justice

