La Fed met fin à Operation Chokepoint 2.0 : une victoire historique pour la crypto

📋 En bref (TL;DR)
- Suppression du « reputational risk » : la Fed élimine ce critère subjectif de la supervision bancaire, ouvrant les portes aux services crypto
- Fin d’Operation Chokepoint 2.0 : cette initiative informelle de l’ère Biden visait à isoler financièrement l’industrie crypto via des pressions administratives
- 23 lettres de « pause » révélées : la FDIC avait demandé à au moins 23 banques de cesser leurs activités crypto entre 2022 et 2024
- Cadre réglementaire en construction : le GENIUS Act (stablecoins) et le projet de loi sur les actifs numériques progressent au Congrès
- 188 440 $ payés par la FDIC : règlement d’un procès FOIA après rétention illégale de documents sur les pressions exercées
- Impact concret : les banques américaines pourront désormais servir l’industrie crypto sans crainte de sanctions implicites
Qu’est-ce que le « reputational risk » et pourquoi sa suppression change tout ?
Le risque réputationnel était un critère utilisé par les régulateurs bancaires américains pour évaluer les relations commerciales des banques. Concrètement, les examinateurs de la Fed pouvaient sanctionner une banque simplement parce qu’elle servait des clients jugés « controversés » – même si ces activités étaient parfaitement légales. « Ce standard vague et intrinsèquement subjectif a introduit une variabilité inutile dans les approches de supervision et détourné l’attention des risques financiers mesurables comme le crédit, la liquidité et le risque de marché », a déclaré Michelle Bowman, Vice-présidente de la Fed en charge de la supervision, dans un communiqué officiel. En pratique, ce critère permettait aux régulateurs d’exercer une pression informelle sur les banques pour qu’elles coupent les ponts avec l’industrie crypto, sans jamais avoir à justifier formellement cette position. La sénatrice Cynthia Lummis (R-Wyoming) avait d’ailleurs présenté au Sénat le manuel interne de la Fed montrant comment ce critère était utilisé contre les entreprises crypto.
Operation Chokepoint 2.0 : anatomie d’un étouffement coordonné
Les origines : 2021-2022
L’expression « Operation Chokepoint 2.0 » fait référence à une stratégie non officielle mais coordonnée entre plusieurs agences fédérales américaines sous l’administration Biden. Cette opération visait à isoler financièrement l’industrie crypto en compliquant, voire en rendant impossible, son accès aux services bancaires. La chronologie révélée par le rapport du House Committee on Financial Services est édifiante : 2021 : L’OCC (Office of the Comptroller of the Currency) publie la lettre interprétative IL 1179, exigeant une autorisation préalable pour toute activité crypto des banques – créant de fait une barrière administrative. Mars 2022 : La SEC adopte le Staff Accounting Bulletin 121 (SAB 121), obligeant les banques à comptabiliser les cryptomonnaies détenues comme des passifs. Cette règle comptable dérogatoire rendait la garde de crypto économiquement non viable pour les banques. Avril 2022 – Décembre 2024 : La FDIC envoie au moins 23 « lettres de pause » à des institutions bancaires, leur demandant de « suspendre toutes les activités liées aux crypto-actifs » en attendant une clarification réglementaire… qui n’arrivait jamais.Les conséquences : l’effondrement de 2023
Cette pression coordonnée a contribué directement à la crise bancaire de 2023. Silvergate Bank, Signature Bank et Silicon Valley Bank – les trois principales banques servant l’industrie crypto – ont toutes fait faillite dans un intervalle de quelques semaines. En concentrant les clients crypto sur un nombre réduit d’établissements puis en fragilisant ces mêmes établissements par des examens hostiles, les régulateurs ont créé les conditions de leur effondrement.La contre-offensive : FOIA, procès et changement de pouvoir
Les révélations Coinbase
C’est grâce à des requêtes FOIA (Freedom of Information Act) initiées par Coinbase que l’ampleur de l’opération a été révélée. Les documents obtenus montrent une coordination entre la Fed, la FDIC et l’OCC pour freiner systématiquement toute intégration crypto dans le système bancaire. La FDIC a d’ailleurs dû payer 188 440 $ de frais juridiques après qu’un tribunal a jugé que l’agence avait « violé la loi FOIA » en refusant catégoriquement de divulguer les fameuses « lettres de pause ».Le tournant Trump
L’élection de Donald Trump en novembre 2024 a accéléré le démantèlement de cette architecture répressive. Le 7 août 2025, le président signait un décret exécutif intitulé « Guaranteeing Fair Banking for All Americans », ordonnant aux régulateurs d’adopter des politiques empêchant le « debanking politisé ou illégal ». L’OCC a été la première agence à bouger, supprimant le risque réputationnel de ses manuels en avril 2025. La Fed suit maintenant avec une proposition de règle définitive, ouverte aux commentaires publics pendant 60 jours.Ce que cela change concrètement pour l’industrie crypto
Pour les entreprises crypto
Les entreprises du secteur vont enfin pouvoir accéder normalement aux services bancaires de base : comptes courants, virements, gestion de trésorerie. C’est peut-être banal pour d’autres industries, mais cela représente une révolution pour un secteur qui devait parfois jongler avec plusieurs banques offshore ou recourir à des solutions de contournement coûteuses.Pour les banques traditionnelles
Les banques américaines peuvent désormais envisager des services crypto sans craindre de représailles réglementaires déguisées. Rob Nichols, président de l’American Bankers Association, a salué cette décision : « Les banques devraient pouvoir prendre des décisions commerciales basées sur une gestion prudente des risques et le libre marché, pas sur les perspectives individuelles des régulateurs. »Le cadre législatif en construction
Cette victoire réglementaire s’inscrit dans un mouvement plus large. Au Congrès, deux textes majeurs progressent : Le GENIUS Act : adopté par le Sénat, ce projet de loi établit un cadre fédéral pour les stablecoins, apportant la clarté juridique qui manquait au secteur. Le projet de loi sur les actifs numériques : présenté par les commissions financières du Congrès, il vise à clarifier les compétences respectives de la SEC et de la CFTC, et à créer un régime d’enregistrement unifié pour les plateformes crypto.Les voix critiques
Toutes les réactions ne sont pas positives. Elyse Schupak, de l’organisation Public Citizen, estime que « ce mouvement est motivé par la politique, pas par les intérêts des consommateurs ». Elle argue que la réputation d’une banque a des conséquences sur sa performance financière et sa stabilité, et que supprimer ce critère de supervision répond uniquement à des intérêts particuliers. Il est vrai que la notion de risque réputationnel n’est pas intrinsèquement problématique – c’est son utilisation comme outil de pression politique qui posait problème. La question reste ouverte : comment les régulateurs évalueront-ils désormais les risques liés aux activités légales mais potentiellement controversées ?Et maintenant ? Les prochaines étapes
La période de commentaires publics de 60 jours permettra aux parties prenantes de s’exprimer sur la proposition de la Fed. Une règle finale devrait ensuite être publiée dans le Federal Register, gravant définitivement ces changements dans le marbre réglementaire. Pour l’industrie crypto américaine, c’est un moment de respiration après des années de combat. Mais les défis demeurent : la volatilité des marchés, les exigences de conformité AML/KYC, et la concurrence des juridictions plus accueillantes (Émirats, Singapour, Suisse) qui ont su attirer les entreprises fuyant les États-Unis pendant l’ère Chokepoint. Une chose est certaine : la normalisation des relations entre le secteur crypto et le système bancaire traditionnel est désormais en marche. Reste à voir si les banques américaines sauront saisir cette opportunité, ou si elles laisseront les acteurs crypto-natifs comme Coinbase, Circle ou Anchorage Digital consolider leur avance.📚 Glossaire
- Reputational Risk (risque réputationnel) : Critère de supervision bancaire évaluant l’impact potentiel sur l’image d’une banque de ses relations commerciales. Utilisé de manière abusive pour pénaliser les banques servant l’industrie crypto.
- Debanking : Pratique consistant à fermer ou refuser des comptes bancaires à des individus ou entreprises pour des raisons autres que le risque financier direct, souvent pour des motifs politiques ou idéologiques.
- FDIC (Federal Deposit Insurance Corporation) : Agence fédérale américaine garantissant les dépôts bancaires et supervisant les banques commerciales.
- SEC (Securities and Exchange Commission) : Régulateur des marchés financiers américains, responsable de la protection des investisseurs et de l’intégrité des marchés.
- Stablecoin : Cryptomonnaie dont la valeur est adossée à un actif stable, généralement le dollar américain, comme l’USDC ou l’USDT.
- FOIA (Freedom of Information Act) : Loi américaine permettant aux citoyens de demander l’accès aux documents détenus par les agences fédérales.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’Operation Chokepoint 2.0 ?
Operation Chokepoint 2.0 désigne une stratégie coordonnée mais non officielle menée par les régulateurs bancaires américains sous l’administration Biden pour isoler financièrement l’industrie crypto. Via des lettres de pause, des exigences comptables pénalisantes et l’utilisation du critère de risque réputationnel, les agences ont poussé les banques à cesser de servir les entreprises crypto.
Pourquoi la suppression du risque réputationnel est-elle importante ?
Le risque réputationnel permettait aux régulateurs de pénaliser les banques servant des secteurs jugés controversés, même si ces activités étaient parfaitement légales. Sa suppression signifie que les banques seront désormais évaluées sur des critères financiers objectifs, et non sur des considérations subjectives ou politiques.
Les banques américaines vont-elles immédiatement proposer des services crypto ?
Pas immédiatement. La proposition de la Fed est soumise à une période de commentaires de 60 jours avant adoption définitive. De plus, les banques devront développer leurs propres capacités techniques et de conformité. Cependant, la levée de cette barrière réglementaire ouvre clairement la voie.
Quel impact pour les investisseurs crypto français ?
L’impact est indirect mais significatif. L’intégration de la crypto dans le système bancaire américain favorise l’adoption institutionnelle mondiale, ce qui peut soutenir les cours. De plus, les entreprises crypto américaines pourront opérer plus normalement, renforçant l’écosystème global.
Les autres pays suivront-ils l’exemple américain ?
L’Europe a déjà son propre cadre avec MiCA. La décision américaine pourrait cependant accélérer les discussions dans d’autres juridictions sur l’intégration bancaire des actifs numériques. Une compétition réglementaire pour attirer l’innovation crypto est probable.
📰 Sources
Cet article s’appuie sur les sources suivantes :
- Decrypt – Fed Moves to Permanently Drop ‘Reputational Risk’ – Article du 23 février 2026
- PYMNTS – Fed Drops ‘Reputational Risk’ Rule – Analyse des implications pour les banques
- Consumer Finance Monitor – Fed to end use of reputational risk – Contexte réglementaire
- Blockspace Media – Operation Chokepoint 2.0: A Complete Timeline – Chronologie complète de l’opération
Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). La Fed met fin à Operation Chokepoint 2.0 : une victoire historique pour la crypto. Consulté sur https://fibo-crypto.fr

