Euro numérique : la BCE vise 2027 pour le pilote, succession Lagarde en jeu

📋 En bref (TL;DR)

  • Calendrier précisé : la BCE vise un pilote de 12 mois dès le second semestre 2027, avec sélection des prestataires début 2026
  • Appel à candidatures : les prestataires de services de paiement (PSP) européens pourront postuler au Q1 2026 pour participer au pilote
  • Objectif 2029 : lancement commercial potentiel de l’euro numérique prévu pour 2029, sous réserve d’adoption de la législation européenne
  • Succession Lagarde : la présidente de la BCE pourrait partir avant fin 2027, mettant en jeu l’avenir du projet
  • Protection souveraineté : l’euro numérique vise à réduire la dépendance aux réseaux de paiement américains (Visa, Mastercard)
  • Encadrement stablecoins : le projet s’inscrit dans une stratégie plus large de régulation des monnaies numériques en Europe

L’euro numérique franchit une nouvelle étape décisive. Ce mercredi 18 février 2026, Piero Cipollone, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a dévoilé le calendrier concret du projet lors d’une réunion avec l’Association bancaire italienne. La BCE prévoit de lancer un appel à candidatures auprès des prestataires de services de paiement dès le premier trimestre 2026, en vue d’un pilote de 12 mois programmé pour le second semestre 2027.

Ce calendrier ambitieux intervient dans un contexte particulier : selon le Financial Times, Christine Lagarde envisagerait de quitter ses fonctions avant la fin de son mandat en octobre 2027. Une succession qui pourrait redéfinir les priorités de l’institution francfortoise sur les monnaies numériques.

Un calendrier désormais précis pour l’euro numérique

La phase pilote : 12 mois de tests grandeur nature

L’Eurosystème a publié les détails de son programme pilote le 28 novembre 2025. Ce test grandeur nature se déroulera en quatre phases distinctes :

Phase d’évaluation : publication de l’appel à candidatures, évaluation des dossiers et notification des résultats aux prestataires sélectionnés.

Phase de préparation : transmission de la documentation mise à jour aux prestataires présélectionnés, confirmation de leur intérêt et signature des accords de participation.

Phase d’implémentation : collaboration entre les prestataires et l’Eurosystème pour affiner le système d’exploitation, conduire les tests, intégrer les utilisateurs finaux et collecter leurs retours.

Phase d’exécution : les prestataires accompagnent le déploiement du pilote en étroite coopération avec l’Eurosystème, incluant l’intégration des utilisateurs et le traitement opérationnel des transactions.

Qui pourra participer au pilote ?

Le pilote impliquera uniquement le personnel de l’Eurosystème, des commerçants sélectionnés qui fournissent déjà des services quotidiens dans les locaux de la BCE et des banques centrales nationales de la zone euro (cafétérias, restaurants), ainsi que certains sites de commerce électronique.

Les participants pourront effectuer des paiements de personne à personne (en ligne et hors ligne) et de personne à entreprise (en point de vente physique et en e-commerce). Ces transactions numériques répliqueront le design technique de l’euro numérique mais n’auront pas cours légal.

Les prestataires de services de paiement seront sélectionnés selon leurs capacités et des critères prédéfinis. Le pool retenu devra assurer une couverture représentative du marché de la zone euro en termes de taille, couverture géographique et portée commerciale.

La succession de Christine Lagarde en question

Un départ anticipé qui fait trembler Francfort

Selon une source proche de sa réflexion citée par le Financial Times, Christine Lagarde envisagerait de quitter la présidence de la BCE avant la fin de son mandat de huit ans, prévu pour octobre 2027. L’objectif serait de permettre au président français Emmanuel Macron et au chancelier allemand Friedrich Merz de s’accorder sur un successeur avant l’élection présidentielle française d’avril 2027.

La porte-parole de la BCE a toutefois tempéré ces informations : « La présidente Lagarde est totalement concentrée sur sa mission et n’a pris aucune décision concernant la fin de son mandat. »

Quels successeurs potentiels ?

Les économistes interrogés par le Financial Times en décembre identifient plusieurs candidats sérieux :

Pablo Hernández de Cos, ancien gouverneur de la Banque d’Espagne, a présenté les crypto-actifs et stablecoins comme des risques pour la stabilité financière nécessitant une régulation et supervision strictes.

Klaas Knot, gouverneur de la banque centrale néerlandaise, a appelé à un cadre réglementaire mondial robuste pour les crypto-actifs et stablecoins.

Joachim Nagel, président de la Bundesbank, a qualifié le Bitcoin de « tulipe numérique » et mis en garde contre son utilisation comme actif de réserve. Il lie l’euro numérique à la sauvegarde de la souveraineté monétaire et financière européenne.

Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a décrit le Bitcoin comme « un actif spéculatif sans valeur fondamentale reconnaissable ».

Pourquoi l’euro numérique est stratégique pour l’Europe

Réduire la dépendance aux géants américains

Piero Cipollone a été clair : l’euro numérique vise à protéger les systèmes de paiement domestiques européens comme le réseau de cartes Bancomat en Italie ou le système de paiement pair-à-pair Bizum en Espagne.

« Les banques pourraient perdre leur rôle dans les paiements non seulement à cause des stablecoins mais aussi à cause d’autres solutions privées », a-t-il expliqué, pointant la forte dépendance de l’Europe aux réseaux de cartes internationaux comme Visa et Mastercard.

Pour maintenir la compétitivité des systèmes locaux, la BCE prévoit un plafonnement stratégique des frais : les commissions sur le réseau de l’euro numérique seront inférieures à celles des réseaux internationaux (les plus coûteux), mais supérieures à celles des systèmes de paiement domestiques (les moins chers).

Un contexte géopolitique tendu

L’euro numérique s’inscrit dans ce que les responsables de la BCE appellent un monde « weaponised » (instrumentalisé). Dans un contexte de tensions commerciales et de fragmentation économique mondiale, l’autonomie des systèmes de paiement devient un enjeu de souveraineté.

Le projet vise également à anticiper la montée en puissance des stablecoins privés, majoritairement libellés en dollars américains. Sous le règlement MiCA, entré en vigueur en 2024, l’Europe dispose désormais d’un cadre pour réguler ces actifs numériques, mais la BCE estime qu’une monnaie numérique de banque centrale reste indispensable.

Le cadre réglementaire en construction

Une législation attendue en 2026

La décision finale d’émettre un euro numérique ne sera prise qu’après l’adoption de la législation européenne correspondante. Selon Cipollone, les co-législateurs européens devraient adopter le règlement sur l’euro numérique dans le courant de 2026.

Cette adoption législative est le prérequis indispensable au lancement du pilote. L’Eurosystème vise une première émission potentielle de l’euro numérique courant 2029, à condition que le processus législatif reste dans les temps.

L’innovation dans le bac à sable réglementaire

Parallèlement au projet d’euro numérique, l’Europe expérimente des approches innovantes avec son « sandbox réglementaire blockchain ». Ce dispositif permet aux entreprises de tester des solutions basées sur la blockchain dans un environnement contrôlé, tout en bénéficiant d’un dialogue direct avec les régulateurs.

Cette approche illustre la volonté européenne de trouver un équilibre entre innovation et protection des consommateurs, un défi majeur dans l’écosystème des monnaies numériques.

Quel impact pour les Français ?

Un complément à l’argent liquide, pas un remplacement

La BCE insiste : l’euro numérique ne remplacera pas les espèces mais les complétera. Il offrira une option de paiement numérique universelle, accessible à tous les citoyens de la zone euro, y compris ceux qui n’ont pas de compte bancaire.

Pour les Français, cela signifie potentiellement :

• Des paiements instantanés gratuits ou très peu coûteux entre particuliers

• Une alternative aux applications de paiement privées (PayPal, Apple Pay, etc.)

• Une solution de paiement fonctionnant même hors connexion

• Une meilleure protection des données personnelles que les solutions privées

Le rôle des banques françaises

Les banques françaises, comme leurs homologues européennes, seront au cœur de la distribution de l’euro numérique. Elles serviront d’intermédiaires entre la BCE et les utilisateurs finaux, conservant ainsi leur rôle central dans le système financier.

Pour les établissements participants au pilote, cette phase offrira un avantage compétitif : une expérience pratique de l’intégration, du règlement et de la gestion de liquidité, ainsi qu’une meilleure visibilité sur les coûts futurs d’infrastructure et de conformité.

Ce qu’il faut retenir

L’euro numérique entre dans une phase concrète avec un calendrier désormais établi : sélection des prestataires début 2026, pilote de 12 mois au second semestre 2027, lancement commercial potentiel en 2029. Le projet vise à renforcer la souveraineté européenne dans les paiements numériques, face à la domination des réseaux américains et à la montée des stablecoins privés.

La possible succession anticipée de Christine Lagarde ajoute une incertitude politique à ce calendrier technique. Cependant, tous les successeurs potentiels identifiés partagent une vision prudente des crypto-actifs et un soutien au projet d’euro numérique, ce qui suggère une continuité stratégique probable.

Pour les citoyens et entreprises françaises, l’euro numérique représente une future option de paiement souveraine, complémentaire aux espèces et aux solutions privées existantes. Les prochains mois seront déterminants pour observer si le calendrier ambitieux de la BCE se concrétise.

📚 Glossaire

  • CBDC (Monnaie numérique de banque centrale) : Forme numérique de la monnaie fiduciaire émise et garantie par une banque centrale. Contrairement aux cryptomonnaies décentralisées, une CBDC est centralisée et a cours légal.
  • PSP (Prestataire de services de paiement) : Entreprise agréée pour fournir des services de paiement aux consommateurs et commerçants. En Europe, les PSP doivent être licenciés selon la directive sur les services de paiement (PSD2).
  • Stablecoin : Cryptomonnaie dont la valeur est indexée sur un actif stable, généralement une monnaie fiduciaire comme le dollar ou l’euro. Les stablecoins visent à combiner les avantages de la blockchain avec la stabilité des monnaies traditionnelles.
  • MiCA (Markets in Crypto-Assets) : Règlement européen entré en vigueur en 2024 qui établit un cadre juridique harmonisé pour les crypto-actifs dans l’Union européenne, incluant les stablecoins et les prestataires de services crypto.
  • Blockchain : Technologie de registre distribué permettant d’enregistrer des transactions de manière transparente, sécurisée et immuable sans intermédiaire centralisé. Elle constitue la base technique des cryptomonnaies.
  • Eurosystème : Ensemble formé par la Banque centrale européenne et les banques centrales nationales des pays de la zone euro. Il est responsable de la politique monétaire et de la stabilité des prix dans la zone euro.

Questions fréquentes

Quand l’euro numérique sera-t-il disponible pour le grand public ?

L’Eurosystème vise une première émission potentielle de l’euro numérique courant 2029. Avant cela, un pilote de 12 mois se déroulera au second semestre 2027 avec un groupe limité de participants.

L’euro numérique remplacera-t-il l’argent liquide ?

Non, la BCE a clairement indiqué que l’euro numérique sera un complément aux espèces, pas un remplacement. Les citoyens pourront continuer à utiliser l’argent liquide comme moyen de paiement.

Quelle différence entre l’euro numérique et les stablecoins ?

L’euro numérique sera émis et garanti par la BCE avec cours légal, tandis que les stablecoins sont des actifs privés émis par des entreprises. L’euro numérique offrira les garanties d’une monnaie de banque centrale.

Pourquoi Christine Lagarde pourrait-elle partir avant la fin de son mandat ?

Selon le Financial Times, elle envisagerait un départ anticipé pour permettre à Emmanuel Macron et Friedrich Merz de s’accorder sur un successeur avant l’élection présidentielle française d’avril 2027.

Les banques françaises participeront-elles au pilote ?

Les prestataires de services de paiement européens, y compris les banques françaises, pourront candidater lors de l’appel à expression d’intérêt prévu au premier trimestre 2026. La sélection se fera sur critères de capacité et de représentativité du marché.

📰 Sources

Cet article s’appuie sur les sources suivantes :

Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). Euro numérique : la BCE vise 2027 pour le pilote, succession Lagarde en jeu. Consulté le 18 février 2026 sur https://fibo-crypto.fr