Stablecoins : la guerre des yields s’invite à la Maison Blanche

📋 En bref (TL;DR)
- Réunion tendue à la Maison Blanche : le 10 février, crypto et banques se sont affrontés sur la question des rendements sur stablecoins
- Interdiction totale demandée : les banques exigent de bannir toute forme de rémunération liée aux stablecoins dans le Clarity Act
- Impasse politique : malgré les appels au compromis de la Maison Blanche, aucun accord n’a été trouvé
- Enjeu majeur : les yields stablecoins représentent un business model central pour les plateformes crypto
- Lobbying intensif : Bank Policy Institute et American Bankers Association vs Coinbase, Ripple, a16z et Blockchain Association
- Calendrier serré : les midterms 2026 approchent et limitent le temps disponible pour légiférer
Une réunion au sommet qui tourne à l’affrontement
Le mardi 10 février 2026, la Maison Blanche a accueilli une réunion de négociation censée rapprocher deux mondes que tout oppose : les banques traditionnelles et l’industrie des cryptomonnaies. L’enjeu ? Trouver un compromis sur l’une des questions les plus épineuses du Digital Asset Market Clarity Act : les rendements sur stablecoins. Selon CoinDesk, les négociateurs crypto sont arrivés prêts à discuter. Leurs homologues bancaires, eux, sont venus avec une position non négociable : interdire purement et simplement ces rendements. L’industrie crypto était représentée par les poids lourds du secteur : des cadres de Coinbase, Ripple, a16z, le Crypto Council for Innovation et la Blockchain Association. Face à eux, les lobbys bancaires les plus puissants des États-Unis, dont le Bank Policy Institute et l’American Bankers Association.Le document qui révèle la ligne dure des banques
Un document de principes circulé par les négociateurs bancaires, obtenu par CoinDesk, expose leur position sans ambiguïté. Les banques demandent l’interdiction de « toute forme de contrepartie financière ou non-financière accordée au détenteur d’un stablecoin de paiement en lien avec l’achat, l’utilisation, la détention, la possession ou la garde dudit stablecoin ». En clair, cette formulation vise à bloquer tout mécanisme de rémunération : intérêts, yield farming, programmes de fidélité ou récompenses en nature. Le document va plus loin. Il réclame que les régulateurs disposent d’outils de sanction pour faire respecter cette interdiction, et demande une étude officielle sur l’impact des stablecoins sur les dépôts bancaires.Pourquoi les banques sont-elles si hostiles aux yields ?
La guerre des rendements n’est pas qu’une querelle technique. Elle touche au cœur du modèle économique bancaire.La menace sur les dépôts
Les banques traditionnelles fonctionnent grâce aux dépôts des particuliers. Ces fonds leur permettent d’accorder des prêts aux entreprises et aux ménages — ce que le secteur appelle « Main Street lending ». Or, si les stablecoins offrent des rendements supérieurs à ceux des comptes d’épargne classiques, les déposants pourraient migrer massivement vers la crypto. Cette « fuite des dépôts » (deposit flight) est le cauchemar des banquiers. Elle réduirait leur capacité de prêt et fragiliserait tout le système de crédit américain.Un avantage concurrentiel perçu comme déloyal
Les plateformes crypto comme Coinbase ou Circle peuvent proposer des rendements attractifs sur les stablecoins car elles investissent les réserves sous-jacentes (généralement en bons du Trésor américain) et partagent une partie des intérêts avec les utilisateurs. Les banques, elles, sont soumises à des exigences réglementaires strictes : ratios de fonds propres, assurance des dépôts FDIC, tests de stress réguliers. Elles estiment que les émetteurs de stablecoins échappent à ces contraintes tout en captant leur clientèle.Le Clarity Act : une loi bloquée depuis des mois
Le Digital Asset Market Clarity Act devait être la grande loi de régulation crypto de l’ère Trump 2.0. Votée à la Chambre des représentants l’année dernière, elle est enlisée au Sénat depuis plusieurs mois.Les points de blocage
Au-delà des yields, plusieurs autres sujets divisent démocrates et républicains : 1. Les conflits d’intérêts présidentiels — Les démocrates exigent une interdiction pour les hauts responsables gouvernementaux de détenir des intérêts crypto importants. Cette clause vise directement les investissements personnels de Donald Trump dans le secteur. Patrick Witt, conseiller crypto de la Maison Blanche, a déclaré à CoinDesk que l’administration « ne soutiendrait pas un texte qui attaque le président sur l’éthique ». 2. La lutte anti-blanchiment — Les sénateurs démocrates veulent renforcer les protections contre l’utilisation des cryptos à des fins illicites. 3. La composition de la CFTC — Ils demandent que l’agence soit pleinement constituée, avec des commissaires démocrates, avant de pouvoir réguler les marchés crypto.Un calendrier politique serré
Les midterms de novembre 2026 approchent. Le Sénat, traditionnellement lent, peine déjà à trouver du temps de session pour ses dossiers prioritaires. Le blocage actuel sur le financement du Department of Homeland Security monopolise l’attention. Plus le temps passe, moins il sera possible de faire voter une loi crypto majeure avant les élections.Des positions officielles en demi-teinte
Après la réunion, les deux camps ont communiqué — sans rien concéder. Summer Mersinger, CEO de la Blockchain Association, s’est montrée optimiste : « Nous sommes encouragés par les progrès réalisés alors que les parties prenantes restent engagées de manière constructive pour résoudre les questions en suspens. » Ji Kim, patron du Crypto Council for Innovation, a sobrement déclaré que « le travail important continue » et remercié « l’industrie bancaire pour son engagement continu ». Côté banques, le communiqué conjoint du Bank Policy Institute et de l’American Bankers Association a rappelé leur ligne rouge : « Ce cadre peut et doit embrasser l’innovation financière sans compromettre la sécurité, et sans mettre en danger les dépôts bancaires qui alimentent le crédit local et l’activité économique. »Et maintenant ? Les scénarios possibles
Après deux réunions à la Maison Blanche sans avancée significative, la balle pourrait revenir aux législateurs.Scénario 1 : Un compromis de dernière minute
Les négociateurs pourraient trouver une formule intermédiaire : autoriser les yields sous conditions strictes (plafond de rémunération, réserves auditées, agrément spécifique). Ce serait une victoire partielle pour les deux camps.Scénario 2 : Un vote sans consensus
Le Senate Banking Committee pourrait forcer un vote majoritaire, même sans accord bipartisan. Le texte serait alors modifié au fil des amendements, avec un résultat imprévisible.Scénario 3 : Le report indéfini
Face aux blocages multiples, le Clarity Act pourrait être repoussé après les midterms. L’industrie crypto continuerait alors à évoluer dans un flou réglementaire qui profite aux acteurs offshore.Ce que cela signifie pour les investisseurs
Pour les détenteurs de stablecoins comme l’USDT ou l’USDC, cette bataille a des implications concrètes. Si les yields sont interdits aux États-Unis, les plateformes américaines (Coinbase, Kraken, Gemini) ne pourront plus proposer de rendements sur les stablecoins. Les investisseurs devront soit : – Se tourner vers des plateformes offshore (avec les risques associés) – Accepter des stablecoins sans rémunération – Migrer vers des solutions DeFi décentralisées, hors du périmètre réglementaire À l’inverse, si un compromis permet des yields encadrés, les stablecoins américains pourraient devenir plus attractifs et renforcer leur domination face à l’USDT de Tether, émis depuis les îles Vierges britanniques.Conclusion : une guerre d’usure qui façonnera la crypto américaine
La réunion du 10 février à la Maison Blanche n’a pas résolu le conflit entre banques et crypto sur les rendements stablecoins. Elle a confirmé que ce dossier est devenu le nœud gordien de la régulation crypto américaine. Les banques défendent leur modèle historique. L’industrie crypto défend son avantage concurrentiel. Et au milieu, les législateurs tentent de construire un cadre qui satisfasse les deux camps — une équation qui semble aujourd’hui insoluble. Une chose est sûre : le résultat de cette bataille déterminera si les États-Unis restent le centre de gravité de l’innovation financière ou s’ils la laissent migrer vers des juridictions plus accueillantes.📚 Glossaire
- Stablecoin : Cryptomonnaie dont la valeur est indexée sur un actif stable, généralement le dollar américain. Les plus connus sont l’USDT (Tether) et l’USDC (Circle).
- Rendements stablecoins : Intérêts ou récompenses versés aux détenteurs de stablecoins, généralement issus du placement des réserves en bons du Trésor.
- Yield : Terme anglais désignant le rendement ou taux d’intérêt généré par un actif financier.
- CFTC : Commodity Futures Trading Commission, l’agence américaine qui régule les marchés de dérivés et qui pourrait superviser les cryptos selon le Clarity Act.
- DeFi : Finance décentralisée, ensemble de protocoles financiers fonctionnant sur blockchain sans intermédiaire centralisé.
- USDT : Tether, le stablecoin le plus utilisé au monde avec plus de 140 milliards de dollars en circulation.
- USDC : Stablecoin émis par Circle, considéré comme plus transparent et conforme aux régulations américaines.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le Digital Asset Market Clarity Act ?
C’est un projet de loi américain visant à créer un cadre réglementaire complet pour les cryptomonnaies. Il définit quelles cryptos sont des valeurs mobilières (régulées par la SEC) et lesquelles sont des commodités (régulées par la CFTC). Le texte inclut également des règles sur les stablecoins et leurs émetteurs.
Pourquoi les banques veulent-elles interdire les yields sur stablecoins ?
Les banques craignent une fuite des dépôts vers les stablecoins si ceux-ci offrent des rendements supérieurs aux comptes d’épargne traditionnels. Cette migration réduirait leur capacité à accorder des prêts et fragiliserait leur modèle économique basé sur les dépôts des clients.
Les stablecoins peuvent-ils vraiment offrir des rendements intéressants ?
Oui. Les émetteurs de stablecoins investissent généralement leurs réserves en bons du Trésor américain. Avec des taux directeurs autour de 4-5%, ils peuvent reverser une partie de ces intérêts aux utilisateurs, offrant des rendements supérieurs aux livrets bancaires classiques.
Que se passe-t-il si le Clarity Act n'est pas voté avant les midterms ?
Le projet de loi serait reporté à la prochaine session du Congrès en 2027. L’industrie crypto continuerait à évoluer sans cadre réglementaire clair aux États-Unis, ce qui pourrait pousser certains acteurs à s’installer dans des juridictions plus favorables comme Dubaï ou Singapour.
Quel impact pour les détenteurs européens de stablecoins ?
L’Europe a déjà adopté le règlement MiCA qui encadre les stablecoins. Les décisions américaines n’affecteront pas directement les investisseurs européens, mais pourraient influencer la disponibilité de certains stablecoins américains comme l’USDC sur les plateformes européennes.
📰 Sources
Cet article s'appuie sur les sources suivantes :
- CoinDesk – Crypto’s banker adversaries didn’t want to deal in latest White House meeting
- Bank Policy Institute – Statement on White House crypto market structure meeting
- CoinDesk – Trump adviser says White House won’t allow crypto bill to attack president
- CoinDesk – White House crypto meeting on market structure bill
Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). Stablecoins : la guerre des yields s'invite à la Maison Blanche. Consulté le 12 février 2026 sur https://fibo-crypto.fr/blog/stablecoins-guerre-yields-maison-blanche-clarity-act



