Menace quantique sur Bitcoin : pourquoi le risque est surestimé selon CoinShares

📋 En bref (TL;DR)

  • Risque surestimé : CoinShares estime que seulement 10 200 BTC seraient vraiment à risque, pas 20-50% du supply
  • Cibles dispersées : Les bitcoins potentiellement vulnérables sont répartis sur 32 000+ wallets de 50 BTC en moyenne
  • Technologie lointaine : Il faudrait des ordinateurs quantiques 100 000 fois plus puissants qu’aujourd’hui
  • Délai estimé : Au moins une décennie avant une menace réelle, selon les experts
  • Solutions en cours : BIP-360 et signatures post-quantiques en préparation
  • Addresses P2PK : Seuls les vieux formats d’adresses (1,6M BTC) sont théoriquement exposés

La menace quantique est-elle le talon d’Achille du Bitcoin ? Un nouveau rapport de CoinShares, l’un des plus grands gestionnaires d’actifs numériques au monde, apporte une réponse nuancée : le risque existe, mais il est bien plus faible que les estimations alarmistes ne le suggèrent.

Analyse d’une menace qui fait peur, mais qui pourrait être plus gérable qu’on ne le pense.

Démystifier les chiffres alarmistes

On lit souvent que 20% à 50% de tous les bitcoins seraient vulnérables aux attaques quantiques. CoinShares, qui gère plus de 10 milliards de dollars d’actifs et détient 34% du marché européen des ETP crypto, conteste ces estimations.

La vraie exposition : 8% du supply

L’analyse se concentre sur les adresses P2PK (Pay-to-Public-Key), un ancien format où la clé publique est visible en permanence sur la blockchain. Ces adresses sont les seules vraiment vulnérables car un ordinateur quantique pourrait théoriquement en déduire la clé privée.

CoinShares estime qu’environ 1,6 million de BTC (8% du supply total) se trouvent dans ces adresses legacy. C’est déjà bien moins que les 20-50% souvent cités.

Mais seulement 10 200 BTC « à risque réel »

Voici où l’analyse devient vraiment intéressante. Parmi ces 1,6 million de BTC, combien pourraient réellement être volés de manière à « perturber le marché » ?

Réponse de CoinShares : environ 10 200 BTC.

Pourquoi ? Parce que le reste est dispersé sur plus de 32 000 UTXOs différents, avec une moyenne de 50 BTC chacun. Un attaquant quantique devrait :

  • Casser chaque adresse une par une
  • Passer un temps considérable sur chaque wallet
  • Accumuler des gains relativement faibles à chaque fois

Ce n’est pas comme pirater une seule adresse et repartir avec un butin de plusieurs milliards.

L’horizon technologique : au moins une décennie

Au-delà de la question « combien de BTC sont exposés ? », il y a celle du « quand ? ». Et là, les experts sont formels : pas avant longtemps.

Les chiffres qui comptent

Charles Guillemet, CTO de Ledger (cité dans le rapport), donne ces ordres de grandeur :

  • Google Willow (meilleur ordinateur quantique actuel) : 105 qubits
  • Nécessaire pour casser Bitcoin : plusieurs millions de qubits
  • Gap technologique : facteur 100 000x

CoinShares estime qu’il faudrait des systèmes quantiques tolérants aux pannes (fault-tolerant), environ 100 000 fois plus puissants que les machines actuelles. Cela place la menace réelle à au moins une décennie.

Ce que disent les développeurs Bitcoin

La plupart des développeurs Bitcoin considèrent le risque quantique comme un « non-sujet » à court terme. En décembre 2025, CoinDesk rapportait que la communauté technique voit cette menace comme lointaine — des décennies, pas des années.

Les solutions en préparation

Même si la menace est lointaine, l’écosystème Bitcoin ne reste pas les bras croisés.

BIP-360 : la migration progressive

La proposition BIP-360 vise à introduire de nouveaux formats de wallets avec des signatures post-quantiques. L’idée est de permettre aux utilisateurs de migrer progressivement vers des adresses résistantes aux attaques quantiques.

Le débat sur la préparation

Un point de friction existe dans la communauté :

  • Les développeurs estiment avoir le temps et préfèrent des solutions bien pensées
  • Les investisseurs institutionnels veulent des plans concrets et un calendrier clair

CoinShares conclut que le risque quantique n’est pas une urgence, mais un « problème d’ingénierie prévisible » que Bitcoin peut absorber avec le temps.

Pourquoi ce sujet revient maintenant ?

Les discussions sur la menace quantique resurgissent périodiquement, souvent lors des périodes de baisse des marchés. Les investisseurs cherchent alors des explications structurelles aux mouvements de prix.

La réalité est plus prosaïque : les progrès de Google, IBM et d’autres sur l’informatique quantique font régulièrement la une, ce qui relance les spéculations sur Bitcoin.

Ce qu’il faut retenir

Pour l’investisseur crypto moyen, voici les points clés :

  • Pas de panique : La menace est réelle mais lointaine (10+ ans)
  • Utiliser des adresses modernes : Les formats P2PKH et P2SH (commençant par 1 ou 3) et les adresses SegWit (bc1) sont plus sûrs que les vieilles adresses P2PK
  • Suivre les évolutions : La communauté Bitcoin travaille sur des solutions
  • Diversifier : Comme pour tout risque, ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier

📚 Glossaire

  • Bitcoin : Première cryptomonnaie, utilisant la cryptographie à courbe elliptique (ECDSA) pour sécuriser les transactions.
  • P2PK : Pay-to-Public-Key, ancien format d’adresse Bitcoin où la clé publique est directement visible sur la blockchain. Plus vulnérable aux attaques quantiques.
  • Blockchain : Registre distribué et immuable enregistrant toutes les transactions Bitcoin.
  • UTXO : Unspent Transaction Output, représente un « morceau » de bitcoin non dépensé associé à une adresse.
  • Signature post-quantique : Algorithme de signature cryptographique conçu pour résister aux attaques d’ordinateurs quantiques.
  • Qubit : Unité de base de l’information quantique, équivalent du bit en informatique classique mais pouvant exister dans plusieurs états simultanément.

Questions fréquentes

Les ordinateurs quantiques peuvent-ils pirater Bitcoin ?

En théorie, un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait dériver les clés privées des adresses Bitcoin dont la clé publique est exposée. Mais les machines actuelles sont environ 100 000 fois trop faibles pour y parvenir. Les experts estiment cette menace à au moins une décennie.

Combien de Bitcoin sont vraiment à risque ?

Selon CoinShares, environ 1,6 million de BTC (8% du supply) se trouvent dans des adresses legacy potentiellement vulnérables. Mais parmi ceux-ci, seuls 10 200 BTC représentent des cibles suffisamment grosses pour « perturber le marché ». Le reste est dispersé sur 32 000+ petits wallets.

Mon Bitcoin est-il en danger ?

Si vous utilisez un wallet moderne (adresses commençant par 1, 3 ou bc1), votre clé publique n’est exposée qu’au moment d’une transaction sortante. Le risque est donc minime. Les adresses P2PK (très anciennes) sont les plus vulnérables.

Que fait la communauté Bitcoin pour se protéger ?

Des propositions comme BIP-360 visent à introduire des signatures post-quantiques, permettant une migration progressive vers des adresses résistantes. Les développeurs préfèrent des solutions bien pensées plutôt qu’une réaction précipitée.

Quand les ordinateurs quantiques seront-ils assez puissants ?

Google Willow, le meilleur ordinateur quantique actuel, a 105 qubits. Casser Bitcoin nécessiterait plusieurs millions de qubits. CoinShares et Ledger estiment cette avancée technologique à au moins 10 ans, probablement plus.

📰 Sources

Cet article s'appuie sur les sources suivantes :

Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). Menace quantique sur Bitcoin : pourquoi le risque est surestimé selon CoinShares. Consulté le 9 février 2026 sur https://fibo-crypto.fr/?p=21637