Bitcoin et énergie : le minage est-il vraiment un désastre écologique ?

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Bitcoin consomme plus d’énergie que certains pays. Cette phrase revient constamment dans les médias. Mais derrière ce chiffre choc se cache une réalité bien plus nuancée. Les données récentes de Cambridge et les études scientifiques révèlent une transformation profonde du minage. Et si Bitcoin était en train de devenir un allié de la transition énergétique plutôt qu’un ennemi ?

En bref (TL;DR)

  • 52,4% de l’énergie du minage Bitcoin provient de sources durables (Cambridge 2025)
  • Le charbon a chuté de 36,6% à 8,9% du mix énergétique en 3 ans
  • Bitcoin consomme moins de la moitié de l’énergie du système bancaire mondial
  • Le minage de gaz torché réduit les émissions de 63% par rapport au torchage
  • Au Texas, les mineurs stabilisent le réseau électrique et gagnent 30 millions $ en crédits de délestage

52% d’énergie durable : les chiffres de Cambridge

L’étude la plus complète sur l’énergie du minage Bitcoin vient du Cambridge Centre for Alternative Finance. Leurs données de 2025 montrent une transformation majeure. 52,4% de l’électricité utilisée provient désormais de sources durables.

Ce chiffre se décompose ainsi : 42,6% d’énergies renouvelables (hydroélectrique, éolien, solaire) et 9,8% de nucléaire. L’hydroélectricité domine avec 23,4%, suivie de l’éolien à 15,4%. Cette proportion a augmenté de 15 points par rapport à 2022, où seulement 37,6% de l’énergie était durable.

Le changement le plus spectaculaire concerne le charbon. En 2022, il représentait 36,6% du mix énergétique du minage. En 2025, ce chiffre a chuté à 8,9%. Le gaz naturel l’a remplacé comme source fossile principale à 38,2%. Cette transition du charbon vers le gaz réduit significativement l’empreinte carbone par kilowattheure.

Le minage de gaz torché : transformer un déchet en ressource

L’une des innovations les plus prometteuses concerne le gaz torché. Lors de l’extraction pétrolière, du gaz naturel est souvent libéré comme sous-produit. Sans infrastructure pour le transporter, les producteurs le brûlent simplement à l’air libre. C’est le « flaring » ou torchage.

Dans le bassin permien au Texas, environ 750 millions de dollars de gaz sont ainsi gaspillés chaque année. Ce torchage émet du méthane, un gaz à effet de serre 80 fois plus puissant que le CO2 sur 20 ans. Le problème : le torchage traditionnel ne brûle que 93% du méthane.

Des entreprises comme Crusoe Energy ont développé une solution innovante. Elles installent des conteneurs de mineurs Bitcoin directement sur les sites pétroliers. Le gaz alimente des générateurs qui produisent l’électricité pour le minage. Selon Braiins, cette technologie brûle 99,89% du méthane.

Le résultat ? Une réduction de 63% des émissions équivalent CO2 par rapport au torchage classique. Par mégawatt installé, le minage Bitcoin réduit les émissions de 9 482 tonnes de CO2 par an. C’est 5 fois plus efficace que l’éolien et 7 fois plus que le solaire pour la même capacité.

Bitcoin vs banques : qui consomme vraiment plus ?

Une étude de Galaxy Digital compare la consommation énergétique de Bitcoin à celle du système bancaire et de l’industrie aurifère. Les résultats surprennent.

Bitcoin consomme environ 114 TWh par an. Le système bancaire mondial (data centers, agences, distributeurs, réseaux de cartes) consomme 264 TWh. L’extraction et le raffinage de l’or atteignent 241 TWh. Bitcoin utilise donc moins de la moitié de l’énergie de ces industries qu’il vise à remplacer ou compléter.

Certaines estimations plus récentes de Hass McCook situent la consommation bancaire à 700 TWh. Bitcoin serait alors 6 fois plus efficace énergétiquement. Ces comparaisons ont leurs limites : mesurer précisément l’empreinte du système bancaire reste complexe. Mais elles remettent en perspective les critiques contre Bitcoin.

Texas : quand les mineurs stabilisent le réseau électrique

Le Texas est devenu un laboratoire grandeur nature de l’intégration du minage Bitcoin au réseau électrique. L’opérateur ERCOT gère un réseau alimenté à plus de 30% par les renouvelables. Le problème : l’éolien et le solaire produisent de façon intermittente.

Les mineurs Bitcoin offrent une solution unique. Une ferme de minage de 100 MW peut passer de pleine puissance à zéro en quelques minutes. Aucune autre industrie ne peut moduler sa consommation aussi rapidement. Cette flexibilité est précieuse pour équilibrer le réseau.

Selon l’EIA, environ 1,53 GW de charge flexible (principalement du minage) participe aux programmes de délestage au Texas. Pendant les pics de demande ou les vagues de froid, ces mineurs réduisent instantanément leur consommation. Ils libèrent l’électricité pour les foyers et hôpitaux.

En contrepartie, ils reçoivent des crédits substantiels. Au troisième trimestre 2025, Riot Platforms a gagné 30,6 millions de dollars en crédits de délestage. C’est une augmentation de 147% sur un an. En août 2023, ERCOT a versé 24,2 millions à un seul mineur pour sa participation au programme.

Brad Jones, ancien PDG par intérim d’ERCOT, résume : « Les opérations de minage Bitcoin ont trouvé un moyen d’absorber l’excès d’éolien pendant les heures creuses. » Le minage devient un outil de gestion du réseau, pas seulement un consommateur.

Accélérer l’intégration des énergies renouvelables

Les énergies renouvelables souffrent d’un problème économique : le « curtailment » ou écrêtement. Quand la production solaire ou éolienne dépasse la demande, les opérateurs doivent parfois arrêter les installations. Cette énergie est perdue.

En 2023, environ 3% de la production solaire d’ERCOT a été écrêtée. Une étude publiée dans ScienceDirect démontre que le minage Bitcoin pourrait utiliser 93% de cette énergie gaspillée. Le bénéfice estimé : 239 millions de dollars de profit tout en rentabilisant les installations renouvelables.

Une étude de Duke University montre que 76 GW de nouvelle charge flexible pourraient être intégrés au réseau américain. C’est 10% de la demande de pointe nationale. La condition : ces charges doivent accepter d’être délestées 0,25% du temps. Le minage Bitcoin remplit parfaitement ce critère.

Cette relation symbiotique bénéficie aux deux parties. Les mineurs accèdent à une électricité moins chère pendant les heures creuses. Les producteurs d’énergie renouvelable trouvent un acheteur garanti pour leur surplus. Le réseau gagne en stabilité.

L’énergie comme fondement de la sécurité

Pourquoi Bitcoin consomme-t-il autant d’énergie ? La réponse tient en deux mots : sécurité décentralisée. Le mécanisme de Proof of Work transforme l’électricité en protection du réseau. Plus le réseau consomme d’énergie, plus il devient coûteux de l’attaquer.

Selon River, Bitcoin représente « l’une des transformations les plus directes d’énergie en valeur ». Cette énergie garantit qu’aucune entité ne peut falsifier les transactions ou créer de la monnaie arbitrairement. C’est le coût de la décentralisation.

Les systèmes Proof of Stake comme Ethereum consomment 99% d’énergie en moins. Cependant, ils reposent sur la concentration de capital plutôt que sur l’énergie. Chaque modèle a ses compromis. Le Proof of Work offre une résistance supérieure à la censure et à la capture par des acteurs fortunés.

Et en France ? Le potentiel du nucléaire

La France dispose d’un atout unique : son parc nucléaire. L’électricité française est parmi les plus décarbonées d’Europe. Le minage Bitcoin alimenté par le nucléaire français aurait une empreinte carbone minimale.

Des discussions ont émergé autour d’un projet de minage Bitcoin en partenariat avec EDF. L’idée : utiliser l’excédent de production nucléaire pendant les heures creuses. La France exporte déjà son électricité vers ses voisins. Le minage pourrait offrir une alternative de valorisation locale.

Conclusion : un bilan à nuancer

Bitcoin n’est pas exempt de critiques environnementales. Sa consommation reste significative à plus de 200 TWh par an. Près de la moitié provient encore de sources fossiles. Des progrès restent nécessaires.

Cependant, les données montrent une trajectoire positive. Le charbon recule drastiquement. Les renouvelables progressent. Le minage s’intègre aux réseaux électriques comme outil de stabilisation. Le gaz torché trouve une utilité. Ces évolutions sont souvent ignorées dans le débat public.

La question n’est pas « Bitcoin consomme-t-il de l’énergie ? » mais « cette énergie est-elle bien utilisée ? ». Pour sécuriser un réseau monétaire décentralisé, résistant à la censure et accessible à 8 milliards d’humains, la consommation énergétique peut se justifier. Surtout si elle s’appuie de plus en plus sur des sources durables.


Glossaire

  • Flaring (torchage) : Pratique consistant à brûler le gaz naturel excédentaire sur les sites pétroliers, faute d’infrastructure pour le transporter.
  • Curtailment (écrêtement) : Réduction forcée de la production d’électricité renouvelable quand l’offre dépasse la demande.
  • ERCOT : Opérateur du réseau électrique texan, gérant 90% de la charge électrique de l’État.
  • Hashrate : Puissance de calcul totale du réseau Bitcoin, mesurée en exahash par seconde (EH/s).

Questions Fréquentes

Quelle part de l’énergie du minage Bitcoin est renouvelable ?

Selon Cambridge, 52,4% de l’énergie du minage provient de sources durables en 2025. Cela inclut 42,6% de renouvelables (hydro, éolien, solaire) et 9,8% de nucléaire. Cette proportion a augmenté de 15 points depuis 2022.

Bitcoin consomme-t-il plus que les banques ?

Non. Selon Galaxy Digital, Bitcoin consomme environ 114 TWh par an contre 264 TWh pour le système bancaire mondial. Bitcoin utilise donc moins de la moitié de l’énergie des banques traditionnelles.

Comment le minage Bitcoin réduit-il les émissions de méthane ?

En utilisant le gaz torché des sites pétroliers pour alimenter les mineurs, on brûle 99,89% du méthane au lieu de 93% avec le torchage classique. Cela réduit les émissions équivalent CO2 de 63%.

Pourquoi les mineurs Bitcoin stabilisent-ils le réseau électrique ?

Les mineurs peuvent réduire leur consommation en quelques minutes lors des pics de demande. Cette flexibilité unique permet de libérer de l’électricité pour les usages prioritaires. Au Texas, ils participent aux programmes de délestage d’ERCOT.

Le Proof of Stake est-il plus écologique que le Proof of Work ?

Le Proof of Stake consomme 99% d’énergie en moins. Cependant, il repose sur la concentration de capital plutôt que sur l’énergie. Le Proof of Work offre une résistance supérieure à la censure. Chaque modèle a ses compromis. En savoir plus : Qu’est-ce qu’un mécanisme de consensus ?

Le minage Bitcoin peut-il devenir 100% renouvelable ?

Techniquement oui. Les mineurs recherchent l’électricité la moins chère, souvent les renouvelables en surplus. Des innovations comme le « photonic computing » pourraient réduire la consommation de 90%. La tendance est clairement à l’augmentation des sources durables.


Sources

Cet article s’appuie sur les sources suivantes :

Comment citer cet article :
Fibo Crypto. (2026). Bitcoin et énergie : le minage est-il vraiment un désastre écologique ?. Consulté le [date] sur https://fibo-crypto.fr/bitcoin-energie-minage-ecologie