Minage Bitcoin en France : le projet nucléaire EDF du Rassemblement National

📋 En bref (TL;DR)
- Le Rassemblement National propose de transformer EDF en mineur de Bitcoin pour valoriser les surplus d’électricité nucléaire
- Projet pilote de 5 ans déposé le 11 juillet 2025, cosigné par 77 députés RN et UDR
- Potentiel : 100-150 millions de dollars par an de revenus, contre 80M€ de pertes actuelles
- Si adopté, la France serait le 1er pays UE à intégrer officiellement le minage crypto dans sa stratégie énergétique
La proposition de loi du Rassemblement National
Le 11 juillet 2025, le député Aurélien Lopez-Liguori (RN, Hérault) a déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi audacieuse : autoriser EDF à utiliser ses surplus d’électricité nucléaire pour miner du Bitcoin.
Le texte, cosigné par 76 autres députés RN et UDR (Union des Droites pour la République), prévoit une expérimentation de 5 ans permettant aux producteurs d’électricité d’installer des fermes de minage sur d’anciens sites industriels ou à proximité des centrales nucléaires.
Pourquoi la France a un avantage compétitif
La France possède un atout unique en Europe : son parc nucléaire massif et sa production d’électricité largement décarbonée.
Le problème des surplus électriques
- 70% de l’électricité française provient du nucléaire
- 338 202 GWh produits en 2023 – plus de la moitié de la production nucléaire de l’UE
- Pendant les heures creuses (nuit, week-ends), l’offre dépasse régulièrement la demande
- EDF est parfois contraint de vendre à prix négatif ou de réduire la puissance des centrales
Les pertes actuelles
Selon les estimations, la France a perdu environ 80 millions d’euros en 2024 à cause de ces surplus non valorisés. L’intégration des énergies renouvelables (éolien, solaire) aggrave le problème : leurs pics de production créent des déséquilibres supplémentaires sur le réseau.
Comment fonctionnerait le minage nucléaire ?
Le projet présente plusieurs caractéristiques innovantes :
Flexibilité opérationnelle
Les fermes de minage seraient conçues pour s’activer et se désactiver en quelques secondes, suivant les fluctuations du réseau électrique :
- Surplus d’électricité → Minage à pleine puissance
- Pic de demande → Arrêt immédiat, électricité redirigée vers le réseau
Cette flexibilité fait du minage Bitcoin un outil de régulation du réseau électrique, absorbant les excédents plutôt que de les gaspiller.
Valorisation de la chaleur résiduelle
Les machines de minage (ASICs) produisent une chaleur considérable. Le projet prévoit de récupérer cette énergie thermique pour :
- Chauffer des serres agricoles
- Alimenter des réseaux de chaleur urbains
- Fournir de l’énergie à des processus industriels
Ce « double usage » améliore significativement le bilan énergétique global de l’opération.
Capacité prévue
Le texte de loi envisage de dédier jusqu’à 1 GW de capacité au minage Bitcoin. Pour comparaison, c’est l’équivalent de la puissance d’un réacteur nucléaire moderne.
Les projections économiques
Selon les estimations internes du projet, le minage Bitcoin avec l’électricité nucléaire française pourrait générer :
- 100 à 150 millions de dollars par an de revenus
- Création d’emplois techniques qualifiés
- Développement d’une filière industrielle française
- Réduction des pertes liées aux surplus électriques
Pour Aurélien Lopez-Liguori, l’opportunité est évidente : « une solution sûre et extrêmement rentable » pour valoriser une ressource actuellement gaspillée.
Le contexte politique : un virage à 180°
Cette proposition marque un retournement spectaculaire de la position du Rassemblement National sur les cryptomonnaies.
De l’interdiction au soutien
En 2016, Marine Le Pen appelait à interdire purement et simplement les cryptomonnaies. Aujourd’hui, elle soutient publiquement le projet et l’a promu lors d’une visite à la centrale nucléaire de Flamanville le 11 mars 2025.
Ce changement de cap reflète une évolution plus large : le Bitcoin est de moins en moins perçu comme un outil spéculatif et de plus en plus comme une infrastructure stratégique et un outil de souveraineté économique.
Divisions internes
Tous les membres du RN ne sont pas alignés. Jean-Philippe Tanguy, responsable des finances du parti, s’oppose au projet, arguant que Bitcoin sape le contrôle monétaire centralisé – une position traditionnelle du souverainisme économique.
Opposition de la gauche et des écologistes
Les partis de gauche et écologistes s’opposent fermement au projet, pointant :
- L’impact environnemental du minage Bitcoin
- L’utilisation de ressources publiques pour une activité spéculative
- Les risques de volatilité des revenus liés au cours du Bitcoin
Où en est le processus législatif ?
Après un premier échec en juin 2025, le texte a été retravaillé pour mettre davantage l’accent sur les bénéfices pour l’infrastructure nationale et la récupération économique.
Prochaines étapes :
- Examen de faisabilité de 6 mois par le Conseil d’État
- Débat en commission parlementaire
- Vote en séance plénière (date non fixée)
- Si adopté : lancement du pilote de 5 ans
- Évaluation à mi-parcours puis décision d’expansion
La France face à la concurrence internationale
Si le projet aboutit, la France deviendrait le premier pays de l’Union européenne à intégrer officiellement le minage Bitcoin dans sa stratégie énergétique nationale.
Les précédents internationaux
- Pakistan (mai 2025) : 2 000 MW alloués au minage Bitcoin et aux centres d’IA, exploitant les surplus des centrales à charbon
- Islande, Norvège, Suède : accueillent des fermes de minage alimentées par l’hydroélectricité excédentaire
- Texas (USA) : leader mondial du minage, grâce à son réseau électrique déréglementé et ses surplus éoliens
- El Salvador : minage géothermique volcanique (projet Volcano Bonds)
L’avantage français
La France se distinguerait par :
- Électricité bas carbone : le nucléaire émet très peu de CO2, contrairement au charbon pakistanais
- Stabilité institutionnelle : cadre réglementaire européen (MiCA), État de droit
- Infrastructure existante : réseau électrique performant, main d’œuvre qualifiée
Impact sur le minage Bitcoin en France
Actuellement, le minage Bitcoin en France est quasi inexistant à l’échelle industrielle, principalement à cause du coût élevé de l’électricité pour les particuliers et entreprises (environ 0,20-0,25 €/kWh).
La proposition de loi changerait la donne en permettant aux mineurs d’accéder à l’électricité au coût marginal de production, potentiellement inférieur à 0,05 €/kWh pendant les heures de surplus.
Pour référence, le seuil de rentabilité du minage Bitcoin en 2026 se situe généralement autour de 0,06-0,07 $/kWh avec des équipements modernes (15-16 J/TH).
FAQ : Minage Bitcoin nucléaire en France
Quand le projet pourrait-il être mis en place ?
Si la proposition de loi est adoptée, un examen de faisabilité de 6 mois par le Conseil d’État précéderait le lancement du pilote. Au plus tôt, les premières opérations pourraient démarrer fin 2026 ou début 2027.
EDF minerait-elle directement du Bitcoin ?
Pas nécessairement. Le texte prévoit qu’EDF puisse céder ses surplus à des entreprises françaises spécialisées, qui installeraient et opéreraient les fermes de minage. EDF pourrait aussi créer une filiale dédiée ou s’associer à des acteurs existants.
Le minage Bitcoin est-il polluant ?
L’impact environnemental du minage dépend de la source d’électricité. Avec le nucléaire français (très bas carbone) et la valorisation de surplus qui seraient autrement gaspillés, l’empreinte serait minimale. La récupération de chaleur pour le chauffage améliore encore le bilan.
Que se passe-t-il si le cours du Bitcoin s’effondre ?
C’est un risque réel. Cependant, le caractère flexible du minage (arrêt instantané possible) limite l’exposition. De plus, l’électricité utilisée serait de toute façon perdue sans le minage. En cas de cours très bas, les fermes seraient simplement mises en pause.
Les particuliers pourront-ils miner avec l’électricité nucléaire ?
Le projet vise les opérations industrielles à grande échelle, pas les particuliers. Les tarifs préférentiels seraient réservés aux entreprises installant des infrastructures significatives à proximité des centrales ou sur des sites industriels reconvertis.
Quelles sont les chances d’adoption de la loi ?
Difficile à prédire. Le RN et l’UDR ne disposent pas de la majorité absolue. L’adoption dépendra de la capacité à convaincre d’autres groupes parlementaires des bénéfices économiques et de la neutralité environnementale du projet.
Sources
- Carbon Credits – France Eyes Bitcoin Mining Powered by Surplus Nuclear Energy
- Cointelegraph – France’s RN Party Pushes Bitcoin Mining With Nuclear Power Surplus
- Cryptoast – 77 députés présentent un projet de loi sur le minage Bitcoin
- Coin Academy – Miner du Bitcoin avec le nucléaire : la France entre dans l’arène
- Assemblée Nationale – Proposition de loi n°1750
- Bitcoin.fr – Une proposition de loi favorable au minage de Bitcoin
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Le statut de cette proposition de loi est susceptible d’évoluer. Suivez l’actualité parlementaire pour les mises à jour.
