SBF supplie Trump pour un pardon présidentiel : rejet bipartisan unanime

📋 En bref (TL;DR)

  • Sam Bankman-Fried supplie Trump pour un pardon : depuis sa prison, l’ex-PDG de FTX mène une campagne pro-Trump sur X via un intermédiaire, impute sa condamnation à la « machine judiciaire de Biden » et a embauché un avocat lié aux campagnes Trump 2016/2020.
  • Rejet bipartisan unanime au Congrès : républicains comme démocrates refusent catégoriquement toute clémence. Le sénateur Bernie Moreno qualifie SBF d' »ordure », tandis que la sénatrice Cynthia Lummis rappelle que ses victimes méritent justice.
  • Trump et la Maison-Blanche ferment la porte : le président a confirmé au New York Times en janvier 2026 qu’il ne gracierait pas SBF, position réitérée par la Maison-Blanche en février.
  • Une fraude incomparable : contrairement à Ross Ulbricht, CZ ou les fondateurs de BitMEX, SBF a directement volé plus de 8 milliards de dollars à ses clients, ce qui rend sa situation juridiquement et politiquement indéfendable.

Sam Bankman-Fried, condamné à 25 ans de prison pour avoir orchestré l’une des plus grandes fraudes financières de l’histoire, n’a visiblement pas renoncé à retrouver la liberté. Depuis sa cellule du Metropolitan Detention Center de Brooklyn, l’ancien prodige de la crypto mène une campagne de séduction médiatique et politique en direction de Donald Trump, dans l’espoir d’obtenir un pardon présidentiel. Mais cette stratégie se heurte à un mur : le rejet est total, bipartisan et sans appel.

Alors que Trump a déjà gracié plusieurs figures du monde crypto — Ross Ulbricht (Silk Road), Changpeng Zhao (Binance) et les cofondateurs de BitMEX — le cas SBF reste à part. Le vol direct de plus de 8 milliards de dollars de fonds clients place l’ancien dirigeant de FTX dans une catégorie où aucune manoeuvre politique ne semble pouvoir le sauver.

La stratégie désespérée de SBF depuis la prison

Un compte X piloté depuis la cellule

Depuis plusieurs mois, le compte X (anciennement Twitter) de Sam Bankman-Fried est redevenu actif. Mais ce n’est pas lui qui tape sur un clavier : un ami proche agit comme intermédiaire, relayant les messages de SBF via les communications autorisées par l’administration pénitentiaire. Le contenu de ces publications ne laisse aucun doute sur l’objectif : séduire Donald Trump et sa base.

Les posts louent les initiatives de l’administration Trump, du programme TrumpRX sur les prix des médicaments aux critiques du « deep state ». SBF va jusqu’à vanter Truth Social et GETTR comme des plateformes de libre expression. Surtout, il attribue systématiquement sa condamnation à la « machine judiciaire de Biden » (« Biden’s lawfare machine »), se présentant comme une victime politique plutôt que comme un fraudeur condamné sur sept chefs d’accusation.

L’interview Tucker Carlson : le pari qui a mal tourné

En mars 2025, SBF a franchi une ligne rouge en accordant une interview non autorisée à Tucker Carlson depuis sa prison. Durant cet échange, il a évoqué sa cohabitation avec Sean « Diddy » Combs dans le même bloc cellulaire et décrit la vie en prison comme « soul-crushing » (écrasante pour l’âme). L’interview contenait aussi un appel à peine voilé à la clémence présidentielle.

La réaction du Bureau of Prisons a été immédiate : SBF a été placé en isolement cellulaire. Un porte-parole a confirmé au New York Times que « cette interview en particulier n’avait pas été autorisée ». Loin de faire avancer sa cause, cette initiative lui a valu des conditions de détention encore plus dures.

L’avocat des campagnes Trump au service de SBF

Les parents de SBF, Joseph Bankman et Barbara Fried, tous deux anciens professeurs à Stanford, n’ont pas non plus baissé les bras. Ils ont fait appel à Kory Langhofer, un avocat de l’Arizona ayant travaillé sur les campagnes présidentielles de Trump en 2016 et 2020, ainsi que sur l’équipe de transition en 2016-2017. L’objectif : exploiter ses connexions dans l’orbite Trump pour plaider la cause de leur fils.

L’entourage de Bankman-Fried tente également de mobiliser des lobbyistes et des hommes d’affaires pour défendre une thèse audacieuse : FTX n’aurait pas réellement nui à ses clients, puisque le processus de faillite permet désormais de rembourser les créanciers. Un argument que ni le Congrès ni la Maison-Blanche n’ont trouvé convaincant.

Un rejet bipartisan historique au Congrès

Ce qui rend la situation de SBF particulièrement désespérée, c’est l’unanimité du rejet. Républicains et démocrates, pro-crypto ou non, s’accordent sur un point : la grâce est inacceptable.

Les républicains ferment la porte

Le sénateur Bernie Moreno, républicain de l’Ohio et figure de proue du mouvement pro-crypto au Congrès, n’a pas mâché ses mots auprès de Politico : « The guy’s a piece of sh*t. He shouldn’t be pardoned. » (Ce type est une ordure. Il ne devrait pas être gracié.) Une déclaration qui ne laisse aucune place à l’ambiguïté.

La sénatrice Cynthia Lummis, surnommée la « reine crypto » du Sénat, a été tout aussi tranchante. Sur les réseaux sociaux, elle a écrit en lettres capitales : « Someone’s looking for a pardon and doesn’t realize the CLARITY Act would have you locked up for much longer than 25 years » (Quelqu’un cherche un pardon et ne réalise pas que le CLARITY Act l’aurait fait enfermer bien plus longtemps que 25 ans). Elle a ajouté que SBF avait « blessé beaucoup de gens » et devait « passer du temps à méditer là-dessus ».

Le représentant Mike Flood, républicain du Nebraska et membre du House Financial Services Committee, a été tout aussi direct : « He crashed the market. He engaged in massive fraud. […] Wall Street’s not needing him back to fix any problems. He helped us identify a problem by committing a massive amount of fraud — and we rewarded him with a long stay in a federal prison. »

Les démocrates partagent le diagnostic

Côté démocrate, le rejet est tout aussi net. Le représentant Sam Liccardo, démocrate de Californie pourtant favorable à l’industrie crypto, a ironisé : selon lui, le seul moyen pour SBF d’obtenir un pardon serait un acte de corruption manifeste — une référence acide aux pardons controversés de l’administration Trump.

Ce front uni est d’autant plus remarquable que le Congrès est profondément divisé sur la plupart des sujets de politique crypto. Mais sur SBF, il n’y a pas de débat. L’ampleur de la fraude, le vol direct de fonds clients et les conséquences sur la confiance dans l’écosystème crypto ont créé un consensus rare.

Trump et la Maison-Blanche : un non définitif

Si l’opposition du Congrès est écrasante, la position de la Maison-Blanche l’est tout autant. En janvier 2026, interrogé par le New York Times, Donald Trump a clairement indiqué qu’il ne prévoyait pas de gracier Sam Bankman-Fried. En février, un porte-parole de la Maison-Blanche a réaffirmé cette position auprès de Fortune : le président n’a aucune intention d’accorder la moindre clémence au fondateur de FTX.

Ce refus s’explique aussi par un détail politique qui pèse lourd : SBF a donné 5,2 millions de dollars à la campagne de Joe Biden en 2020, faisant de lui l’un des plus gros donateurs démocrates. Dans l’univers politique trumpiste, gracier un mégadonateur de Biden serait un geste impensable, quelle que soit la campagne de séduction menée depuis la prison.

Pourquoi SBF ne sera pas traité comme Ulbricht ou CZ

L’argument le plus répandu parmi les partisans de SBF est le suivant : Trump a déjà gracié des figures crypto, alors pourquoi pas lui ? Cet argument s’effondre dès qu’on examine les faits.

Des cas fondamentalement différents

Ross Ulbricht (Silk Road) a été gracié après avoir purgé plus de 10 ans d’une peine de prison à vie. Son cas était largement perçu comme disproportionné : il avait créé une plateforme, mais n’avait pas directement volé d’argent à des utilisateurs. La communauté libertarienne s’était mobilisée pendant des années.

Changpeng Zhao (CZ, Binance) n’avait passé que quatre mois en prison pour des manquements aux obligations anti-blanchiment (AML). Aucun vol de fonds clients. Binance a payé 4,3 milliards de dollars d’amende et continue d’opérer.

Les cofondateurs de BitMEX (Arthur Hayes et al.) avaient été condamnés à des peines de probation et de détention à domicile pour des violations du Bank Secrecy Act. Là encore, aucun vol de fonds clients.

SBF, lui, a directement volé plus de 8 milliards de dollars appartenant à des clients qui lui faisaient confiance. Il a ordonné à ses complices de modifier les systèmes comptables d’Alameda Research pour permettre un effet de levier illimité, finançant des investissements spéculatifs, des dons politiques et un train de vie extravagant — le tout avec l’argent de ses clients.

Le Department of Justice a qualifié FTX de « l’une des plus grandes fraudes financières de l’histoire ». C’est cette distinction — le vol direct vs. les infractions réglementaires — qui rend le cas SBF irréconciliable avec les précédents.

Les leçons pour les investisseurs crypto

La custody de vos actifs est primordiale

FTX était un exchange centralisé (CEX) où les utilisateurs confiaient la garde de leurs fonds à la plateforme. Quand la plateforme a fait faillite, les clients n’avaient aucun recours immédiat. L’adage « Not your keys, not your coins » (pas vos clés, pas vos cryptos) n’a jamais été aussi pertinent.

Les solutions de self-custody — wallets non custodiaux où l’utilisateur contrôle ses propres clés privées — éliminent ce risque de contrepartie. Si vos cryptos sont sur un wallet dont vous détenez les clés, aucune faillite d’exchange ne peut vous les confisquer.

La régulation avance, mais lentement

L’effondrement de FTX a accéléré les discussions régulatoires aux États-Unis et en Europe. Le règlement MiCA en Europe, entré en application en 2024, impose des obligations de réserves et de transparence aux exchanges centralisés. Aux États-Unis, le CLARITY Act et d’autres projets de loi sont en cours d’examen.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Sam Bankman-Fried a fait appel de sa condamnation. L’audience d’appel devrait se tenir en 2026. Mais même ses avocats reconnaissent que les chances de succès sont minces : le verdict reposait sur des preuves accablantes, notamment les témoignages de ses propres co-conspirateurs qui ont coopéré avec la justice.

En attendant, la campagne de communication se poursuit sur X. Mais sans soutien politique, sans soutien populaire et avec un président qui a publiquement fermé la porte, SBF semble destiné à passer de longues années derrière les barreaux. La justice américaine a tranché, et cette fois, ni l’argent ni la politique ne pourront y changer quoi que ce soit.

📚 Glossaire

  • FTX : Plateforme d’échange de cryptomonnaies fondée en 2019 par Sam Bankman-Fried. Autrefois valorisée à 32 milliards de dollars, elle s’est effondrée en novembre 2022 après la révélation du détournement massif de fonds clients. Sa faillite est considérée comme l’une des plus grandes fraudes financières de l’histoire.
  • Exchange centralisé (CEX) : Plateforme d’échange de cryptomonnaies gérée par une entreprise qui détient les fonds de ses utilisateurs. Exemples : Binance, Coinbase, Kraken. L’utilisateur fait confiance à un tiers pour la garde de ses actifs, contrairement à un exchange décentralisé (DEX).
  • Custody (garde) : Désigne le fait de détenir et sécuriser des actifs numériques. La « self-custody » signifie que l’utilisateur contrôle lui-même ses clés privées via un wallet non custodial. La « custody » tierce signifie qu’un intermédiaire (exchange, banque) garde les clés à votre place.
  • Pardon présidentiel : Pouvoir constitutionnel du président des États-Unis de gracier une personne condamnée par la justice fédérale. Le pardon efface la condamnation et peut inclure la libération immédiate. Il est discrétionnaire et n’a pas besoin d’approbation du Congrès.
  • Fraude financière : Acte illégal consistant à tromper des investisseurs ou des clients pour détourner leurs fonds. Dans le cas de FTX, SBF a utilisé les dépôts des clients pour financer les opérations spéculatives d’Alameda Research, ses dons politiques et son mode de vie.
  • Alameda Research : Société de trading quantitatif fondée par SBF en 2017. Liée étroitement à FTX, elle bénéficiait d’un accès privilégié aux fonds de la plateforme. C’est le véhicule principal par lequel les 8 milliards de dollars de fonds clients ont été détournés.

Questions fréquentes

Pourquoi Sam Bankman-Fried demande-t-il un pardon à Trump ?

Condamné à 25 ans de prison pour fraude et conspiration, SBF espère obtenir un pardon présidentiel de Donald Trump, qui a déjà gracié d’autres figures du monde crypto comme Ross Ulbricht (Silk Road) et Changpeng Zhao (Binance). SBF mène une campagne de communication pro-Trump depuis sa prison via un intermédiaire sur X.

Trump va-t-il gracier SBF ?

Non. Trump a confirmé au New York Times en janvier 2026 qu’il ne prévoyait pas de gracier SBF. La Maison-Blanche a réaffirmé cette position en février 2026. De plus, SBF avait donné 5,2 millions de dollars à la campagne Biden en 2020, ce qui rend un pardon de Trump encore plus improbable politiquement.

Quelle est la différence entre le cas SBF et les autres pardons crypto de Trump ?

La différence fondamentale est la nature du crime. Ross Ulbricht a créé une plateforme illégale mais n’a pas volé d’argent directement. CZ (Binance) a été condamné pour des manquements aux règles anti-blanchiment. Les fondateurs de BitMEX ont violé le Bank Secrecy Act. SBF, lui, a directement détourné plus de 8 milliards de dollars de fonds appartenant à ses clients.

Combien d’argent SBF a-t-il volé à travers FTX ?

SBF a détourné plus de 8 milliards de dollars de fonds clients déposés sur FTX. Ces fonds ont été utilisés pour financer les opérations spéculatives d’Alameda Research, des dons politiques massifs (dont 5,2 millions pour la campagne Biden) et le mode de vie extravagant de SBF et de ses associés.

Quelles leçons les investisseurs crypto peuvent-ils tirer de l’affaire FTX ?

La leçon principale est l’importance de la self-custody : conserver ses cryptomonnaies sur un wallet dont on contrôle les clés privées, plutôt que de les laisser sur un exchange centralisé. L’affaire FTX illustre le risque de contrepartie inhérent aux plateformes centralisées. Il est aussi crucial de vérifier la solidité financière et la conformité réglementaire de toute plateforme utilisée.

SBF peut-il encore obtenir une réduction de peine ?

SBF a fait appel de sa condamnation et de sa peine de 25 ans. L’audience d’appel devrait se tenir en 2026. Cependant, les chances de succès sont considérées comme minces par les experts juridiques, en raison des preuves accablantes présentées lors du procès, notamment les témoignages de ses co-conspirateurs coopérant avec la justice.

📰 Sources

Cet article s’appuie sur les sources suivantes :

Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). SBF supplie Trump pour un pardon présidentiel : rejet bipartisan unanime. Consulté le 18 mars 2026 sur fibo-crypto.fr

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