Prêt de cryptomonnaies (crypto lending) : comment ça marche

Qu est ce que lending crypto

📋 En bref (TL;DR)

  • Un prêt de cryptomonnaies n’est pas un prêt bancaire. Personne n’examine votre dossier : c’est le collatéral déposé qui garantit le remboursement, et rien d’autre.
  • D’où la sur-collatéralisation : pour emprunter 1 000 €, il faut immobiliser nettement plus de 1 000 € d’actifs. C’est la conséquence directe de l’anonymat des adresses blockchain.
  • La liquidation n’est pas une sanction, c’est un automatisme. Quand le ratio de santé de la position passe sous 1, un tiers rembourse la dette à votre place et récupère votre collatéral avec une décote.
  • Prêter et emprunter ne comportent pas les mêmes risques — mais aucun des deux n’est sans risque, et le prêteur n’est pas protégé par le fait de ne pas s’endetter.
  • CeFi et DeFi ne sont pas deux versions du même produit. Dans le premier cas vous faites confiance à une société ; dans le second, à du code, à des oracles de prix et à une gouvernance.
  • 2022 a servi de démonstration grandeur nature : Voyager, Celsius, BlockFi puis Genesis ont fait faillite en six mois, et leurs clients sont devenus de simples créanciers dans une procédure collective.
  • Un rendement anormalement élevé est une information sur le risque, pas sur la compétence de la plateforme. Anchor promettait environ 19,5 % sur UST jusqu’en mai 2022.
  • Les risques DeFi réels sont techniques : faille de contrat intelligent, oracle de prix défaillant, décrochage d’un stablecoin, paramètres de risque mal calibrés, illiquidité au retrait.
  • Le prêt de crypto-actifs n’est pas couvert par MiCA à ce jour. Le règlement en a explicitement renvoyé l’examen à un rapport ultérieur.
  • Cet article n’indique aucune plateforme, aucun taux et aucune stratégie à suivre. Le risque de perte totale du capital est réel.

Publié le 3 septembre 2026. Cet article a une vocation strictement informative. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une recommandation, ni une incitation à utiliser un quelconque service. Prêter ou emprunter des crypto-actifs expose à un risque de perte totale du capital. Les rendements passés ne préjugent pas des rendements futurs.

Le prêt de cryptomonnaies — que l’écosystème appelle le plus souvent crypto lending — désigne une opération simple à énoncer : vous mettez des actifs numériques à disposition d’autres utilisateurs, qui paient un intérêt pour les emprunter. La mécanique, elle, n’a presque rien à voir avec le crédit bancaire, et c’est cette différence qui explique à la fois pourquoi le procédé fonctionne et pourquoi il a fait perdre beaucoup d’argent à beaucoup de monde en 2022.

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Cet article décrit le fonctionnement réel : la sur-collatéralisation, la liquidation automatique, la distinction entre plateforme centralisée et protocole décentralisé, et les risques que l’on constate — pas ceux que l’on suppose. Il ne recommande aucune plateforme, ne cite aucun taux et ne décrit aucune stratégie à reproduire.

Ce qu’est vraiment un prêt de cryptomonnaies

Le point de départ à retenir : il n’y a pas d’examen de dossier, pas de score de crédit, pas de recours judiciaire contre l’emprunteur. Tout repose sur des actifs immobilisés à l’avance.

Prêter : déposer dans une réserve commune

Sur un protocole de prêt décentralisé, on ne prête pas à une personne identifiée. On dépose ses jetons dans une réserve commune — un pool — dont d’autres utilisateurs viennent emprunter. En échange du dépôt, le protocole remet un jeton de créance qui représente la part détenue dans la réserve et qui accumule les intérêts. Le prêteur peut en principe retirer à tout moment, sous réserve qu’il reste des fonds disponibles dans la réserve — nous y revenons plus bas, car cette réserve n’est pas toujours pleine.

Emprunter : la sur-collatéralisation, et pourquoi elle est inévitable

Une banque prête sur la foi d’une identité, de revenus et d’un historique. Une blockchain ne connaît que des adresses. Aucun protocole ne peut donc évaluer la solvabilité de qui que ce soit, ni engager de poursuites en cas d’impayé. La seule garantie possible est un actif déposé avant l’emprunt, et d’une valeur supérieure à celui-ci.

C’est la sur-collatéralisation : pour emprunter, il faut d’abord immobiliser plus que ce que l’on emprunte. La documentation d’Aave, le principal protocole du secteur, l’énonce sans détour et fixe pour chaque actif un ratio maximal d’emprunt, le Loan-to-Value (LTV), généralement situé entre 50 % et 85 % selon la volatilité et la liquidité de l’actif utilisé en garantie. Pour comprendre l’architecture de ce type de protocole, voir notre guide complet d’Aave.

Cela a une conséquence contre-intuitive : ce mécanisme ne sert pas à financer une consommation. On n’emprunte pas 700 € en immobilisant 1 000 € pour acheter un ordinateur. On le fait pour obtenir de la liquidité sans vendre — et donc, en France, sans déclencher le fait générateur fiscal de la cession — ou pour construire une position à effet de levier, ce qui multiplie l’exposition dans les deux sens.

D’où vient le taux

Le taux n’est fixé par personne. Il résulte d’une formule appliquée au taux d’utilisation de la réserve, c’est-à-dire à la part des fonds déposés qui est effectivement empruntée. Réserve peu sollicitée : le taux reste bas pour attirer les emprunteurs. Réserve très sollicitée : le taux grimpe, souvent brutalement au-delà d’un seuil dit « optimal », pour décourager de nouveaux emprunts et inciter aux remboursements et aux dépôts.

Il en découle une évidence souvent oubliée : un taux affiché aujourd’hui n’est pas un taux garanti demain. Il varie en continu, à la hausse comme à la baisse, et ne constitue en rien une promesse. Nous détaillons les différentes sources de rendement de l’écosystème dans notre guide du rendement DeFi.

La liquidation : le mécanisme à comprendre avant tout le reste

La liquidation est l’événement qui fait perdre de l’argent aux emprunteurs. Elle n’est ni discrétionnaire, ni négociable, ni précédée d’un appel téléphonique : c’est une fonction du code, exécutable par n’importe qui dès qu’un seuil est franchi.

Trois paramètres, un indicateur

Trois notions suffisent à comprendre. Le LTV fixe combien on peut emprunter au moment où l’on emprunte. Le seuil de liquidation, toujours supérieur au LTV, fixe le point à partir duquel la position est considérée comme insuffisamment garantie. Le ratio de santé (health factor) résume les deux : la documentation d’Aave le définit comme la valeur du collatéral pondérée par les seuils de liquidation, divisée par la valeur de la dette. Tant qu’il est supérieur à 1, la position tient. Sous 1, elle est liquidable.

Ce qui se passe concrètement

Quand le ratio passe sous 1, un tiers — le plus souvent un robot qui surveille les positions en permanence — rembourse tout ou partie de la dette à la place de l’emprunteur et récupère en échange une fraction du collatéral, majorée d’une prime : le bonus de liquidation. Cette prime est la rémunération du service, et elle sort de la poche de l’emprunteur.

Deux conséquences pratiques. D’abord, la liquidation coûte plus cher qu’une vente au même prix, puisqu’on cède le collatéral avec une décote. Ensuite, elle survient exactement au pire moment : lors des chutes rapides, quand la valeur des garanties baisse de plusieurs pour cent en quelques minutes. Un ratio de santé confortable en régime calme peut ne pas l’être du tout lors d’un décrochage — et le décrochage est précisément le moment où le réseau est saturé et où il est le plus difficile d’ajouter du collatéral à temps.

Lending centralisé et lending DeFi : deux risques différents

Ce sont deux produits distincts qui portent le même nom. Les confondre est l’erreur la plus coûteuse du sujet.

Le lending centralisé (CeFi)

Une société collecte des dépôts, promet un rendement, et décide seule de ce qu’elle en fait : prêts à des institutionnels, arbitrage, placement dans des protocoles tiers. Le client transfère la propriété économique de ses actifs à cette société et détient, en retour, une créance sur elle. L’interface ressemble à celle d’un livret bancaire ; la protection juridique, non. Il n’y a ni garantie des dépôts, ni prêteur en dernier ressort. Le vrai risque n’est pas technique, il est de contrepartie : la solidité de l’entreprise, la qualité de ses emprunteurs, et l’honnêteté de sa communication.

Le lending décentralisé (DeFi)

Il n’y a pas de société au milieu, mais des contrats intelligents publics et auditables. Les fonds restent contrôlés par des règles vérifiables plutôt que par une direction. Cela supprime le risque de contrepartie au sens classique — et le remplace par une famille de risques techniques bien réels, détaillés plus bas. La TVL, ou valeur totale verrouillée, sert souvent à jauger la taille d’un protocole ; c’est un indicateur d’usage, pas un indicateur de sécurité.

Le point commun trompeur

Les deux affichent un pourcentage annualisé sur une interface soignée. Cette ressemblance visuelle est trompeuse, parce que la question « que se passe-t-il si ça tourne mal ? » n’a pas du tout la même réponse. Côté CeFi, elle relève d’une procédure collective, avec un juge, des créanciers et des années de délai. Côté DeFi, elle relève d’une faille exploitée, d’un vote de gouvernance, éventuellement d’une indemnisation décidée par un protocole — sans juridiction évidente.

2022 : ce que les faillites de plateformes centralisées ont démontré

En six mois, l’essentiel du lending centralisé mondial a disparu. Ce n’est pas une anecdote historique : c’est le meilleur jeu de données disponible sur ce qui casse, et dans quel ordre.

La séquence commence avec le décrochage de l’écosystème Terra en mai 2022. Le protocole Anchor y proposait un rendement d’environ 19,5 % sur le stablecoin algorithmique UST, un taux subventionné et largement reconnu comme insoutenable avant même l’effondrement. À son sommet, en avril 2022, UST était le troisième stablecoin du marché, avec une capitalisation de l’ordre de 17,5 milliards de dollars, dont environ 75 % déposés dans Anchor. Le décrochage du 7 mai a emporté l’ensemble. La Réserve fédérale de Richmond en a publié une analyse post-mortem qui reste l’une des meilleures références sur le sujet.

La chute du fonds Three Arrows Capital, en juin 2022, a ensuite propagé les pertes à tous ceux qui lui avaient prêté. Le calendrier qui a suivi est public :

  • 6 juillet 2022 — Voyager Digital et ses filiales américaines se placent sous le chapitre 11 devant le tribunal des faillites du district sud de New York.
  • 13 juillet 2022 — Celsius Network fait de même. Son bilan fait apparaître environ 4,7 milliards de dollars dus à ses clients.
  • 28 novembre 2022 — BlockFi dépose à son tour son dossier de chapitre 11.
  • 16 novembre 2022 puis 20 janvier 2023 — Genesis Global Capital gèle les retraits, puis se place sous le chapitre 11.

L’épilogue judiciaire de Celsius est instructif. Son fondateur, Alexander Mashinsky, a plaidé coupable le 3 décembre 2024 et a été condamné le 8 mai 2025 à douze ans de prison pour fraude sur matières premières et manipulation de marché, assortis d’une confiscation de plus de 48 millions de dollars. Le procureur fédéral a résumé le dossier en une phrase : il promettait aux particuliers que leurs actifs numériques seraient plus en sécurité que dans une banque, pendant qu’il s’en servait pour prendre des paris risqués.

Trois enseignements, transposables tels quels à 2026 :

  1. Un rendement anormal est une information sur le risque. Il ne dit rien de la compétence de l’équipe ; il dit que quelqu’un, quelque part, prend un pari dont vous ignorez la nature.
  2. Le dépôt ne vous laisse pas propriétaire. Une fois les jetons transférés, vous détenez une créance. En procédure collective, les clients sont des créanciers parmi d’autres — pas des propriétaires que l’on rembourse d’abord.
  3. Le risque est corrélé. Les acteurs se prêtaient entre eux. La défaillance d’un fonds a suffi à en emporter quatre en six mois. Répartir ses dépôts sur plusieurs plateformes ne diversifie rien si elles ont les mêmes contreparties.

Les risques du lending DeFi, un par un

Supprimer l’intermédiaire ne supprime pas le risque : cela le déplace du bilan d’une société vers le code, les données de prix et la gouvernance.

Le risque de contrat intelligent

Le code peut comporter une faille. Un audit réduit la probabilité qu’elle passe inaperçue, il ne la ramène pas à zéro — plusieurs protocoles audités ont été exploités. Ce risque est d’autant plus élevé que le protocole est récent, complexe, ou qu’il s’empile sur d’autres protocoles dont il hérite les défauts.

Le risque d’oracle

Un protocole de prêt ne « voit » pas les prix : il les reçoit d’un oracle. Si cette donnée est fausse, même brièvement, les liquidations se déclenchent sur une réalité qui n’existe pas. Ce n’est pas théorique. Le 10 mars 2026, une erreur de configuration dans le mécanisme de plafonnement des prix de collatéral d’Aave a sous-évalué le wstETH d’environ 2,85 % : cela a suffi à faire basculer une série de positions sous leur seuil et à provoquer environ 27 millions de dollars de liquidations injustifiées, pour une trentaine de comptes. Le protocole a décidé d’indemniser les utilisateurs concernés — ce qui suppose une trésorerie et un vote, deux choses qui ne sont jamais garanties d’avance.

Le risque de décrochage d’un stablecoin

Beaucoup de positions sont libellées en stablecoins, ce qui donne une impression de sécurité. Un stablecoin qui perd sa parité entraîne mécaniquement des liquidations en chaîne, chez ceux qui l’avaient déposé en garantie comme chez ceux qui l’avaient emprunté. Terra en 2022 en a fourni la version extrême, mais des décrochages temporaires de stablecoins adossés à des réserves se sont également produits.

Le risque de gouvernance et de paramétrage

Les seuils de liquidation, les plafonds d’emprunt et la liste des actifs acceptés sont des décisions humaines, prises par vote. Un paramètre mal calibré sur un actif peu liquide peut créer une créance irrécouvrable qui pèse sur l’ensemble de la réserve — et donc sur les prêteurs, y compris ceux qui n’avaient jamais touché à l’actif en question.

Le risque de liquidité au retrait

C’est le plus sous-estimé. Un prêteur ne peut retirer que ce qui n’est pas déjà emprunté. Quand le taux d’utilisation d’une réserve approche 100 %, le retrait devient temporairement impossible, quel que soit le solde affiché. Le mécanisme est conçu pour se rééquilibrer par les taux, mais il ne le fait pas instantanément — et c’est en période de stress que ces situations se produisent.

Ce que dit le droit européen — et ce qu’il ne dit pas

Point important et largement ignoré : le prêt de crypto-actifs ne figure pas dans la liste des services encadrés par le règlement européen MiCA.

MiCA soumet à agrément une liste fermée de services sur crypto-actifs — conservation, exploitation d’une plateforme de négociation, échange, exécution d’ordres, conseil, gestion de portefeuille, transfert, entre autres. Le prêt et l’emprunt n’y figurent pas. Le législateur ne les a pas oubliés : l’article 142 du règlement charge la Commission européenne d’évaluer, notamment, « la faisabilité et la nécessité de réglementer les activités de prêt-emprunt et de mise en gage sur crypto-actifs ». C’est sur cette base que l’ABE et l’ESMA ont publié, le 16 janvier 2025, un rapport conjoint sur la finance décentralisée et ces activités. Ce rapport situe l’ensemble de la DeFi à environ 4 % de la valeur totale du marché des crypto-actifs et n’identifie pas, à ce stade, de risque pour la stabilité financière — tout en pointant l’effet de levier excessif et les asymétries d’information.

Deux conséquences concrètes pour un particulier en France :

  • Un prestataire peut être parfaitement en règle au titre de MiCA pour ses activités d’échange ou de conservation, et proposer à côté une offre de prêt qui, elle, n’est encadrée par aucun agrément spécifique. L’agrément ne se transporte pas d’un service à l’autre.
  • Depuis le 1er juillet 2026, la période transitoire des anciens PSAN français est close : seuls les prestataires agréés PSCA au titre de MiCA peuvent fournir en France les services couverts par le règlement. L’AMF publie par ailleurs des listes noires d’acteurs non autorisés, à consulter avant toute inscription.

Sur le plan fiscal, une chose est établie : la cession d’actifs numériques contre une monnaie ayant cours légal relève, pour les particuliers, du régime de l’article 150 VH bis du CGI, à un taux global de 31,4 % (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), avec une exonération lorsque le total annuel des cessions ne dépasse pas 305 €. En revanche, le traitement des intérêts perçus en crypto-actifs ne fait pas l’objet d’un régime dédié explicite et dépend des circonstances : nous ne le trancherons pas ici. Voir notre guide de la fiscalité des cryptomonnaies pour le cadre général, et un professionnel pour votre situation.

Les questions à se poser avant de prêter

Ce ne sont pas des critères de sélection, et elles ne mènent à aucune réponse universelle. Ce sont les points sur lesquels l’absence de réponse claire doit alerter.

  1. Qui détient effectivement mes jetons après le dépôt, et qu’est-ce que je détiens en retour : l’actif, ou une créance ?
  2. D’où vient précisément le rendement ? S’il n’est pas explicable en une phrase vérifiable, considérez qu’il n’est pas expliqué.
  3. Que se passe-t-il si je veux tout retirer un jour de forte tension ? Existe-t-il un délai, un plafond, un taux d’utilisation qui peut bloquer le retrait ?
  4. Qui peut modifier les règles — paramètres de risque, actifs acceptés, plafonds — et selon quelle procédure ?
  5. En cas de perte, quel est mon recours réel ? Une procédure collective à l’étranger et un vote de gouvernance ne sont pas des garanties.
  6. Le prestataire est-il agréé, et pour quels services exactement ? L’agrément couvre rarement l’offre de prêt.

Le prêt de cryptomonnaies est un mécanisme cohérent et transparent dans son fonctionnement — la sur-collatéralisation et la liquidation automatique sont même remarquablement lisibles comparées à beaucoup de produits financiers traditionnels. Ce qui l’a rendu dangereux, en 2022 comme depuis, n’est pas le mécanisme : ce sont les couches opaques qu’on empile par-dessus et les rendements qu’on présente comme acquis. Un taux affiché n’est pas un revenu, et un dépôt n’est pas un livret.

Cet article a une vocation informative et ne constitue ni un conseil en investissement, ni un conseil fiscal, ni une recommandation d’un quelconque service. Les mécanismes décrits exposent à un risque de perte totale du capital. Les règles et paramètres cités sont ceux en vigueur à la date de publication et peuvent évoluer.

📚 Glossaire

  • Prêt de cryptomonnaies (crypto lending) : Opération consistant à mettre des actifs numériques à disposition d’emprunteurs contre un intérêt, via une plateforme centralisée ou un protocole décentralisé.
  • Collatéral : Actif déposé en garantie d’un emprunt. Il est immobilisé pendant toute la durée du prêt et peut être saisi automatiquement en cas de liquidation.
  • Sur-collatéralisation : Principe selon lequel la valeur du collatéral déposé doit dépasser celle du montant emprunté. C’est la conséquence de l’impossibilité d’évaluer la solvabilité d’une adresse blockchain.
  • LTV (Loan-to-Value) : Ratio maximal entre le montant empruntable et la valeur du collatéral, fixé actif par actif selon sa volatilité et sa liquidité.
  • Seuil de liquidation : Niveau, supérieur au LTV, au-delà duquel une position est considérée comme insuffisamment garantie et devient liquidable.
  • Ratio de santé (health factor) : Indicateur synthétique d’une position empruntée, égal au collatéral pondéré par les seuils de liquidation divisé par la dette. En dessous de 1, la position est liquidable.
  • Liquidation : Remboursement forcé de tout ou partie d’une dette par un tiers, qui récupère en échange une part du collatéral majorée d’une prime dite bonus de liquidation.
  • Taux d’utilisation : Part des fonds déposés dans une réserve qui est effectivement empruntée. Il détermine le taux d’intérêt et conditionne la possibilité de retirer.
  • CeFi : Finance centralisée. Services de prêt opérés par une société qui détient les fonds de ses clients et décide seule de leur emploi.
  • DeFi : Finance décentralisée. Services opérés par des contrats intelligents publics, sans intermédiaire détenant les fonds.
  • Oracle : Mécanisme qui transmet à un contrat intelligent des données extérieures à la blockchain, en particulier les prix. Une donnée erronée peut déclencher des liquidations injustifiées.
  • Stablecoin : Crypto-actif conçu pour maintenir une parité avec une monnaie. Le décrochage de cette parité est l’un des principaux facteurs de liquidations en chaîne.
  • PSCA : Prestataire de services sur crypto-actifs agréé au titre du règlement européen MiCA. L’agrément porte sur des services limitativement énumérés, parmi lesquels ne figure pas le prêt.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le prêt de cryptomonnaies ?

C’est une opération par laquelle un détenteur met ses actifs numériques à disposition d’emprunteurs contre un intérêt, soit via une plateforme centralisée qui collecte les dépôts, soit via un protocole décentralisé où les fonds sont réunis dans une réserve commune gérée par des contrats intelligents. À la différence d’un crédit bancaire, il n’y a ni examen de dossier ni recours judiciaire contre l’emprunteur : la garantie repose entièrement sur un collatéral immobilisé à l’avance.

Pourquoi faut-il déposer plus que ce que l'on emprunte ?

Parce qu’une blockchain ne connaît que des adresses, pas des personnes. Aucun protocole ne peut évaluer la solvabilité d’un emprunteur ni le poursuivre en cas d’impayé. La seule garantie possible est donc un actif déposé avant l’emprunt et d’une valeur supérieure : c’est la sur-collatéralisation. Le ratio maximal d’emprunt, ou LTV, est fixé actif par actif et se situe généralement entre 50 % et 85 % selon la volatilité et la liquidité du bien apporté en garantie.

Comment fonctionne une liquidation ?

Chaque position empruntée est suivie par un ratio de santé, défini comme la valeur du collatéral pondérée par les seuils de liquidation divisée par la valeur de la dette. Tant qu’il dépasse 1, la position tient. Sous 1, n’importe qui peut rembourser la dette à la place de l’emprunteur et récupérer une part du collatéral majorée d’une prime. Ce n’est pas une décision humaine : c’est une fonction du code, exécutée en pratique par des robots qui surveillent les positions en continu.

Le prêt de cryptomonnaies est-il risqué ?

Oui, et il l’est pour le prêteur comme pour l’emprunteur. L’emprunteur s’expose à la liquidation, qui lui coûte plus cher qu’une vente au même prix. Le prêteur s’expose à la défaillance de la plateforme s’il s’agit d’un acteur centralisé, et à une faille de contrat, à un oracle défaillant, au décrochage d’un stablecoin ou à l’impossibilité temporaire de retirer s’il s’agit d’un protocole décentralisé. Le risque de perte totale du capital est réel dans les deux cas.

Quelle différence entre lending centralisé et lending DeFi ?

Dans le lending centralisé, une société collecte les dépôts, en devient économiquement propriétaire et décide seule de leur emploi ; le risque principal est celui de la contrepartie, c’est-à-dire la solidité et l’honnêteté de cette société. Dans le lending décentralisé, les fonds sont gouvernés par des contrats intelligents publics ; le risque principal devient technique — code, oracles, paramètres de risque, liquidité. Ce sont deux produits différents qui portent le même nom, et la question « que se passe-t-il si ça tourne mal » n’y a pas du tout la même réponse.

Que s'est-il passé avec les plateformes de lending en 2022 ?

Une cascade de faillites en six mois. Après le décrochage de l’écosystème Terra en mai 2022 et la chute du fonds Three Arrows Capital en juin, Voyager Digital s’est placée sous le chapitre 11 le 6 juillet 2022, Celsius Network le 13 juillet, BlockFi le 28 novembre, et Genesis Global Capital le 20 janvier 2023 après avoir gelé les retraits en novembre. Les clients sont alors devenus de simples créanciers dans des procédures collectives. Le fondateur de Celsius a été condamné à douze ans de prison le 8 mai 2025.

Un rendement élevé sur un prêt crypto est-il un bon signe ?

Non : c’est d’abord une information sur le risque. Le protocole Anchor affichait environ 19,5 % sur le stablecoin UST jusqu’en mai 2022, un taux subventionné et reconnu comme insoutenable avant même l’effondrement. Un rendement anormalement élevé signifie que quelqu’un, quelque part, prend un pari dont vous ignorez la nature. S’il n’est pas explicable en une phrase vérifiable, considérez qu’il n’est pas expliqué.

Qu'est-ce que le risque d'oracle ?

Un protocole de prêt ne connaît pas les prix : il les reçoit d’un oracle, un mécanisme qui transmet des données extérieures à la blockchain. Si cette donnée est fausse, même brièvement, des liquidations se déclenchent sur une réalité qui n’existe pas. Le 10 mars 2026, une erreur de configuration du plafonnement des prix de collatéral d’Aave a sous-évalué le wstETH d’environ 2,85 %, provoquant près de 27 millions de dollars de liquidations injustifiées sur une trentaine de comptes ; le protocole a décidé d’indemniser les utilisateurs touchés.

Peut-on toujours retirer ses fonds prêtés ?

Non. Un prêteur ne peut retirer que la part de la réserve qui n’est pas déjà empruntée. Lorsque le taux d’utilisation approche 100 %, le retrait devient temporairement impossible quel que soit le solde affiché à l’écran. Le mécanisme est conçu pour se rééquilibrer par la hausse des taux, qui décourage l’emprunt et attire les dépôts, mais ce rééquilibrage n’est pas instantané — et ces situations surviennent précisément en période de tension sur les marchés.

Le prêt de crypto-actifs est-il encadré par MiCA ?

Non, pas à ce jour. MiCA soumet à agrément une liste fermée de services — conservation, échange, exécution d’ordres, conseil, gestion de portefeuille, transfert, entre autres — dans laquelle le prêt et l’emprunt ne figurent pas. L’article 142 du règlement charge la Commission européenne d’évaluer « la faisabilité et la nécessité » de les réglementer ; c’est sur cette base que l’ABE et l’ESMA ont publié un rapport conjoint le 16 janvier 2025. Conséquence pratique : un prestataire agréé PSCA pour ses activités d’échange peut proposer à côté une offre de prêt qui n’est couverte par aucun agrément spécifique.

📰 Sources

Cet article s'appuie sur les sources suivantes :

Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). Prêt de cryptomonnaies (crypto lending) : comment ça marche. Consulté le 3 septembre 2026 sur https://fibo-crypto.fr/blog/qu-est-ce-que-lending-crypto/

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