Qivalis : 12 banques européennes unies contre l’hégémonie du dollar

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📋 En bref (TL;DR)

  • 12 banques européennes dont BNP Paribas, BBVA, ING et UniCredit s’unissent dans Qivalis pour lancer un stablecoin euro
  • Lancement prévu au second semestre 2026 après obtention de la licence EMI auprès de la banque centrale néerlandaise
  • Objectif : briser la domination du dollar qui représente 99% du marché des stablecoins avec l’USDT et l’USDC
  • Conformité MiCA garantie avec 40% minimum des réserves en dépôts bancaires et 100% d’adossement à l’euro
  • Négociations avancées avec les exchanges crypto et market makers pour assurer la liquidité dès le lancement
  • Enjeu de souveraineté européenne : construire une infrastructure de paiement numérique autonome face aux géants américains

L’Europe passe à l’offensive sur le marché des stablecoins. Le consortium Qivalis, qui réunit désormais douze grandes banques européennes, intensifie ses préparatifs pour le lancement d’un stablecoin euro au second semestre 2026. Avec l’arrivée récente de BBVA et DZ Bank, cette initiative historique prend une ampleur inédite et marque une étape décisive dans la quête de souveraineté monétaire numérique du continent.

Alors que les stablecoins américains dominent 99% du marché mondial, ce projet bancaire européen entend offrir une alternative crédible et régulée. Décryptage d’une bataille monétaire qui pourrait redessiner le paysage des paiements numériques.

Qivalis : 12 banques pour un stablecoin européen

Le consortium Qivalis s’est considérablement renforcé depuis son annonce initiale en septembre 2025. Deux nouveaux membres de poids ont rejoint l’alliance : BBVA, le géant bancaire espagnol, et DZ Bank, la banque centrale du réseau coopératif allemand. Ce sont désormais douze établissements qui unissent leurs forces pour créer un stablecoin euro capable de rivaliser avec les géants américains.

Les 12 banques du consortium

Le consortium réunit des acteurs majeurs de la finance européenne :

  • BNP Paribas (France) – première banque de la zone euro par les actifs
  • BBVA (Espagne) – deuxième banque espagnole, pionnière de la digitalisation
  • ING (Pays-Bas) – leader européen de la banque en ligne
  • UniCredit (Italie) – présent dans 13 pays européens
  • CaixaBank (Espagne) – première banque de détail espagnole
  • DZ Bank (Allemagne) – banque centrale des Volksbanken Raiffeisenbanken
  • Danske Bank (Danemark) – plus grande banque nordique
  • SEB (Suède) – banque scandinave historique
  • KBC (Belgique) – groupe bancaire et assurance
  • Raiffeisen Bank International (Autriche) – acteur majeur en Europe centrale et de l’Est
  • DekaBank (Allemagne) – gestionnaire d’actifs des caisses d’épargne
  • Banca Sella (Italie) – banque familiale innovante

Cette coalition représente plusieurs milliers de milliards d’euros d’actifs et dessert des dizaines de millions de clients à travers le continent. La diversité géographique du consortium renforce sa légitimité paneuropéenne.

Un leadership entre crypto et finance traditionnelle

Pour piloter cette initiative ambitieuse, Qivalis a recruté des profils qui combinent expertise crypto et crédibilité institutionnelle. Cette approche hybride reflète la volonté de construire un pont entre deux mondes longtemps séparés.

Jan-Oliver Sell, le PDG venu de Coinbase

À la tête de l’entreprise, Jan-Oliver Sell apporte une expérience unique du secteur crypto. Il a dirigé Coinbase en Allemagne où il a obtenu la première licence de conservation de crypto-actifs délivrée par la BaFin, le régulateur financier allemand. Son passage chez Binance lui a également permis de maîtriser les défis opérationnels des grands exchanges.

« Un stablecoin euro natif n’est pas qu’une question de commodité, c’est une question d’autonomie monétaire à l’ère numérique », a déclaré Jan-Oliver Sell lors de l’annonce du projet.

Sir Howard Davies, la caution institutionnelle

À la présidence du conseil de surveillance, Sir Howard Davies incarne la légitimité réglementaire. Cet ancien directeur de la Financial Services Authority britannique et ex-président de NatWest (anciennement RBS) apporte une crédibilité indispensable auprès des régulateurs et des investisseurs institutionnels.

« Cette infrastructure est essentielle si l’Europe veut être compétitive dans l’économie numérique mondiale tout en préservant son indépendance économique », souligne Sir Howard Davies.

Contrer l’hégémonie du dollar numérique

Le contexte géopolitique donne à ce projet une dimension stratégique. Le marché mondial des stablecoins pèse aujourd’hui plus de 200 milliards de dollars, mais les jetons adossés au dollar américain captent 99% de ce marché.

USDT et USDC : les géants américains

Tether (USDT) domine le marché avec une capitalisation dépassant 140 milliards de dollars. Circle (USDC) suit avec environ 45 milliards. Ces deux entreprises américaines contrôlent l’essentiel des transactions crypto mondiales et des règlements DeFi.

Côté euro, le constat est édifiant : le seul stablecoin euro notable reste l’EUR CoinVertible de la Société Générale (SG-FORGE), avec un volume de circulation d’environ 64 millions d’euros seulement. Un rapport de 1 à 3000 avec l’USDT.

Un enjeu de souveraineté européenne

Chaque transaction en USDT ou USDC renforce la dépendance européenne au système financier américain. Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, cette vulnérabilité devient stratégique. La Banque centrale européenne a d’ailleurs multiplié les alertes sur les risques que ferait peser une adoption massive de stablecoins privés étrangers sur la politique monétaire de la zone euro.

Qivalis se positionne comme une réponse à ces préoccupations : un instrument dirigé par des banques européennes, conforme à MiCA, et aligné avec les objectifs d’autonomie stratégique de l’Union européenne dans les paiements.

Un stablecoin conforme à MiCA

Le règlement européen MiCA (Markets in Crypto-Assets), pleinement applicable depuis décembre 2024, établit un cadre juridique strict pour les stablecoins. Qivalis a été conçu dès l’origine pour respecter ces exigences.

Structure des réserves

Le stablecoin Qivalis sera adossé à l’euro selon un ratio de 1:1. La structure des réserves répond aux critères les plus stricts :

  • 40% minimum des réserves détenues en dépôts bancaires traditionnels
  • 60% maximum en titres de dette souveraine européenne à court terme
  • Diversification géographique pour réduire le risque de concentration souveraine
  • Garde confiée à plusieurs banques de premier rang

Licence EMI aux Pays-Bas

Qivalis a déposé une demande de licence d’Établissement de Monnaie Électronique (EMI) auprès de la Banque centrale néerlandaise (DNB). Cette licence permettra d’émettre le stablecoin dans un cadre réglementaire robuste et d’opérer dans l’ensemble de l’Espace économique européen grâce au passeport européen.

Le choix d’Amsterdam comme siège social n’est pas anodin : les Pays-Bas disposent d’un écosystème fintech développé et d’un régulateur expérimenté dans les crypto-actifs.

Négociations avancées avec les exchanges

Au 2 mars 2026, le consortium est entré dans une phase de discussions avancées avec les plateformes de trading crypto, les market makers et les fournisseurs d’infrastructure. L’objectif est d’assurer une liquidité profonde dès le premier jour de lancement.

Partenariats en cours

Plusieurs axes de négociation sont en cours :

  • Listing sur les exchanges européens conformes à MiCA
  • Accords de market making pour garantir des spreads serrés
  • Intégration aux infrastructures DeFi via des protocoles décentralisés
  • Distribution directe aux clients institutionnels des banques membres

L’exchange espagnol Bit2Me a publiquement confirmé être en discussion avec le consortium. D’autres plateformes européennes devraient suivre dans les prochaines semaines.

Cas d’usage ciblés

Qivalis vise prioritairement les usages professionnels et institutionnels :

  • Paiements transfrontaliers instantanés entre entreprises européennes
  • Règlement d’actifs tokenisés sur blockchain
  • Trading crypto sans conversion dollar
  • Paiements programmables via smart contracts
  • Gestion de trésorerie pour les fintech européennes

Un projet complémentaire à l’euro numérique

Qivalis ne se positionne pas en concurrent de l’euro numérique de la BCE, actuellement en phase de préparation. Les deux projets répondent à des besoins différents et sont présentés comme complémentaires.

Euro numérique vs stablecoin bancaire

L’euro numérique de la BCE serait une monnaie de banque centrale, destinée principalement aux paiements de détail. Qivalis vise les transactions professionnelles, le trading crypto et les règlements sur blockchain – des usages que l’euro numérique n’adressera pas dans un premier temps.

Cette complémentarité est d’ailleurs soulignée par les banques du consortium, qui participent parallèlement aux travaux de la BCE sur l’euro numérique et à l’extension du système TIPS pour les paiements instantanés.

Calendrier et perspectives

Le lancement commercial de Qivalis est prévu pour le second semestre 2026. D’ici là, plusieurs étapes restent à franchir :

  • Obtention de la licence EMI auprès de la DNB
  • Finalisation de l’infrastructure technique (blockchain, systèmes de réserve)
  • Signature des accords avec les exchanges et market makers
  • Tests pilotes avec des clients institutionnels sélectionnés

Le consortium reste ouvert à l’adhésion de nouvelles banques, ce qui pourrait encore élargir sa portée géographique et sa crédibilité. Plusieurs établissements seraient en discussion, notamment en Europe du Nord et de l’Est.

Si Qivalis réussit son pari, l’Europe disposerait enfin d’une infrastructure de paiement numérique on-chain autonome, réduisant sa dépendance aux stablecoins américains. Un enjeu stratégique majeur à l’heure où la digitalisation des paiements s’accélère partout dans le monde.

📚 Glossaire

  • Stablecoin : Cryptomonnaie dont la valeur est indexée sur une monnaie traditionnelle (euro, dollar) selon un ratio de 1:1. Contrairement au Bitcoin, un stablecoin maintient une valeur stable.
  • MiCA : Markets in Crypto-Assets, le règlement européen encadrant les crypto-actifs entré en vigueur en 2024. Il impose des exigences strictes aux émetteurs de stablecoins.
  • EMI (Établissement de Monnaie Électronique) : Licence réglementaire européenne permettant d’émettre de la monnaie électronique, y compris des stablecoins.
  • Exchange : Plateforme d’échange permettant d’acheter, vendre et échanger des cryptomonnaies. Exemples : Binance, Coinbase, Kraken.
  • DeFi (Finance Décentralisée) : Écosystème de services financiers fonctionnant sur blockchain sans intermédiaire bancaire traditionnel.
  • Market Maker : Acteur financier qui assure la liquidité d’un actif en se tenant prêt à acheter et vendre à tout moment, réduisant ainsi les écarts de prix.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que Qivalis et quel est son objectif ?

Qivalis est une coentreprise créée par 12 grandes banques européennes pour lancer un stablecoin adossé à l’euro. Son objectif est de proposer une alternative européenne aux stablecoins américains comme l’USDT et l’USDC, qui dominent 99% du marché.

Quelles banques participent au consortium Qivalis ?

Le consortium réunit BNP Paribas, BBVA, ING, UniCredit, CaixaBank, DZ Bank, Danske Bank, SEB, KBC, Raiffeisen Bank International, DekaBank et Banca Sella, couvrant la plupart des grands pays européens.

Quand le stablecoin Qivalis sera-t-il disponible ?

Le lancement est prévu pour le second semestre 2026, après obtention de la licence EMI auprès de la banque centrale néerlandaise et finalisation des partenariats avec les exchanges crypto.

Le stablecoin Qivalis est-il régulé ?

Oui, Qivalis sera conforme au règlement européen MiCA. Le stablecoin sera adossé à 100% à l’euro, avec au moins 40% des réserves en dépôts bancaires et le reste en dette souveraine européenne.

Qivalis va-t-il concurrencer l’euro numérique de la BCE ?

Les deux projets sont complémentaires. L’euro numérique ciblera les paiements de détail, tandis que Qivalis vise les usages professionnels : trading crypto, paiements B2B et règlements on-chain.

📰 Sources

Cet article s’appuie sur les sources suivantes :

  • CaixaBank – Communiqué officiel du consortium Qivalis (décembre 2025)
  • Blockonomi – Qivalis: 12 European Banks Set to Debut Regulated Euro Stablecoin (mars 2026)
  • BBVA – BBVA Joins Banking Consortium to Issue European Stablecoin (février 2026)
  • La Crypto Monnaie – Le consortium Qivalis prévoit de lancer un stablecoin en euro (mars 2026)

Comment citer cet article : Fibo Crypto. (2026). Qivalis : 12 banques européennes unies contre l’hégémonie du dollar. Consulté sur https://fibo-crypto.fr/blog/qivalis-12-banques-europeennes-stablecoin-euro-vs-dollar