Iran et Venezuela : quand Bitcoin devient le refuge de dernier recours

📋 En bref (TL;DR)

  • +262% d’augmentation des retraits Bitcoin en Iran depuis le début des protestations
  • Les citoyens fuient le système bancaire contrôlé par le gouvernement vers des wallets auto-gérés
  • Russie et Iran représentent une hausse de 694% des crypto reçus par des entités sanctionnées
  • Le Venezuela se classe 18ème mondial pour l’adoption crypto malgré les sanctions
  • Bitcoin s’impose comme alternative monétaire dans les pays en crise

Quand votre monnaie s’effondre et que votre gouvernement contrôle chaque transaction, vers quoi vous tournez-vous ? Pour des millions d’Iraniens, de Vénézuéliens et d’Ukrainiens, la réponse est de plus en plus claire : Bitcoin.

Un nouveau rapport de Chainalysis révèle une explosion de l’adoption crypto dans les pays en crise. L’Iran, secoué par des protestations massives depuis décembre, voit ses citoyens fuir massivement vers Bitcoin — non pas pour spéculer, mais pour survivre.

🇮🇷 Iran : +262% de retraits Bitcoin en pleine révolution

Depuis fin décembre 2025, l’Iran vit sa plus grande vague de protestations depuis des années. L’effondrement du rial iranien a déclenché un mouvement populaire réclamant la chute du régime. Et dans ce chaos, un phénomène inattendu : Bitcoin explose.

Selon Chainalysis, les retraits de plus de 10 000$ vers des wallets auto-gérés ont bondi de 262% depuis le début des protestations. Les Iraniens ne font plus confiance aux banques locales — ils veulent contrôler leurs fonds eux-mêmes.

« Ce schéma de retraits BTC accrus en période d’instabilité reflète une tendance mondiale que nous avons observée dans d’autres régions confrontées à la guerre, aux turbulences économiques ou à la répression gouvernementale », explique le rapport.

Bitcoin comme acte de résistance

L’utilisation de Bitcoin en Iran va au-delà de la simple protection financière. C’est un acte de résistance. Les citoyens optent pour un système financier que leur gouvernement ne peut pas contrôler.

Le gouvernement iranien a imposé des blackouts internet pour étouffer les protestations. Mais les Iraniens ont trouvé des parades : Starlink d’Elon Musk permet de contourner les coupures, tandis que Noghteha, une application de messagerie décentralisée basée sur Bitcoin, permet de communiquer hors du contrôle étatique.

🌍 Venezuela et Russie : crypto contre sanctions

L’Iran n’est pas un cas isolé. Le Venezuela, 18ème pays mondial pour l’adoption crypto selon Chainalysis, utilise Bitcoin et stablecoins pour contourner l’hyperinflation et les sanctions américaines.

La Russie a officialisé cette stratégie. Après les sanctions occidentales, Moscou a autorisé les paiements crypto pour le commerce international en 2024. En février 2025, le pays a lancé A7A5, un token adossé au rouble qui a déjà traité 93 milliards de dollars de transactions.

Résultat : une hausse de 694% des crypto reçus par des entités sanctionnées, selon le Crypto Crime Report 2026 de Chainalysis. Les stablecoins comme USDT représentent 84% de ces flux illicites.

⚖️ Le paradoxe : même arme, deux usages

Voici l’ironie de la situation : en Iran, le régime et les citoyens utilisent Bitcoin pour des raisons opposées.

D’un côté, les Gardiens de la Révolution (IRGC) représentent environ 50% de l’activité crypto iranienne — soit 7,78 milliards de dollars — pour contourner les sanctions et financer leurs opérations. De l’autre, les protestataires utilisent exactement la même technologie pour échapper au contrôle de ce même régime.

C’est le dilemme fondamental de Bitcoin : sa nature décentralisée le rend utile à tous — oppresseurs comme opprimés. Les mêmes caractéristiques qui permettent à un régime d’éviter les sanctions offrent aux citoyens une échappatoire financière.

🇺🇦 L’Ukraine : le précédent qui a tout changé

Ce phénomène n’est pas nouveau. Chainalysis avait déjà documenté une explosion de l’adoption crypto en Ukraine après l’invasion russe de 2022. Les dons en Bitcoin ont afflué du monde entier, contournant les systèmes bancaires paralysés.

L’Argentine a suivi le même schéma lors de ses crises monétaires successives. Même constat au Liban, au Nigeria, en Turquie. À chaque fois, le scénario se répète : quand la monnaie locale s’effondre, Bitcoin devient le plan B.

📊 Ce que ça signifie pour l’avenir de Bitcoin

Ces événements rappellent une vérité fondamentale : Bitcoin n’a pas été créé pour les économies stables. Son créateur, Satoshi Nakamoto, l’a conçu comme une alternative au système bancaire traditionnel — un système « trustless » où personne n’a besoin de faire confiance à une autorité centrale.

Pour les investisseurs occidentaux, Bitcoin est souvent vu comme un actif spéculatif ou une protection contre l’inflation. Mais pour des millions de personnes en Iran, au Venezuela ou en Ukraine, c’est bien plus : une bouée de sauvetage financière.

Cette réalité pose aussi des questions difficiles aux régulateurs. Comment encadrer une technologie qui peut à la fois financer le terrorisme et permettre à des citoyens opprimés de protéger leurs économies ?


📚 Glossaire

  • Self-custody (auto-garde) : Fait de détenir ses cryptomonnaies dans un portefeuille personnel dont on contrôle les clés privées, par opposition à les laisser sur un exchange.
  • Stablecoin : Cryptomonnaie dont la valeur est indexée sur une monnaie fiduciaire (généralement le dollar). USDT (Tether) et USDC sont les plus utilisés.
  • Sanctions économiques : Mesures punitives imposées par des pays ou organisations internationales pour restreindre les échanges commerciaux et financiers avec un pays ciblé.
  • IRGC (Gardiens de la Révolution) : Corps militaire iranien qui contrôle une partie significative de l’économie du pays et fait l’objet de sanctions internationales.
  • Chainalysis : Entreprise spécialisée dans l’analyse des transactions blockchain, souvent sollicitée par les gouvernements pour tracer les flux crypto illicites.
  • Rial iranien : Monnaie nationale de l’Iran, qui a perdu plus de 90% de sa valeur face au dollar depuis 2018.

❓ Questions Fréquentes

Pourquoi les Iraniens achètent-ils du Bitcoin pendant les protestations ?

Le rial iranien s’effondre et le gouvernement peut geler les comptes bancaires. Bitcoin permet de protéger son épargne hors du système bancaire contrôlé par l’État. C’est une forme de résistance économique.

Bitcoin est-il utilisé pour contourner les sanctions ?

Oui, mais par les deux côtés. Les régimes sanctionnés (Iran, Russie) l’utilisent pour le commerce international. Mais les citoyens l’utilisent aussi pour échapper au contrôle de ces mêmes régimes. En savoir plus sur Bitcoin.

Comment les Iraniens accèdent-ils à Bitcoin malgré les blackouts internet ?

Via Starlink (internet satellite) et des applications décentralisées comme Noghteha (basée sur le protocole Nostr). Ces technologies permettent de communiquer et transférer de la valeur même quand le gouvernement coupe internet.

Le Venezuela utilise-t-il vraiment les cryptos pour éviter les sanctions ?

Oui. Le pays est 18ème mondial pour l’adoption crypto. Les citoyens utilisent Bitcoin et stablecoins pour contrer l’hyperinflation, tandis que le gouvernement explore les cryptos pour le commerce pétrolier sanctionné.

Qu’est-ce que le token A7A5 lancé par la Russie ?

C’est un stablecoin adossé au rouble lancé en février 2025 pour faciliter les paiements internationaux contournant le système SWIFT. Il a déjà traité 93 milliards de dollars de transactions.

Bitcoin est-il vraiment une protection contre l’effondrement monétaire ?

Dans les pays en crise monétaire (Iran, Venezuela, Argentine), oui. Bitcoin offre une alternative au système bancaire local. Cependant, sa volatilité reste un risque. Découvrez Bitcoin comme protection contre l’inflation.


📚 Sources

Comment citer :
Fibo Crypto. (2026). Iran et Venezuela : quand Bitcoin devient le refuge de dernier recours. Consulté sur https://fibo-crypto.fr/iran-venezuela-bitcoin-refuge-crise