Enlèvements crypto en France : 88 mis en examen, le PNACO face à une vague sans précédent

📋 En bref (TL;DR)

  • 88 personnes mises en examen dans 12 affaires d’enlèvements liés aux cryptomonnaies en France, dont plus de 10 mineurs
  • 135 faits recensés depuis 2023 : 18 en 2024, 67 en 2025 et déjà 47 en 2026
  • La France concentre 70 % des cas mondiaux d’extorsion crypto déclarés
  • Le gouvernement annonce un plan ministériel de protection des détenteurs d’actifs numériques
  • Les criminels recrutent des mineurs via Telegram et exploitent les fuites de données des plateformes

Un enlèvement tous les deux jours et demi. C’est le rythme effrayant des « crypto-rapts » en France depuis le début de l’année 2026. Le 24 avril, la procureure nationale anti-criminalité organisée Vanessa Perrée a révélé l’ampleur du phénomène. 88 personnes sont désormais mises en examen, dont plus de 10 mineurs. Face à cette vague sans précédent, le gouvernement promet un plan d’action. Mais est-ce suffisant ?

135 enlèvements en trois ans : la France, épicentre mondial

Les chiffres donnent le vertige. Depuis 2023, les forces de l’ordre françaises ont recensé 135 enlèvements ou tentatives d’enlèvement liés aux cryptoactifs. L’accélération est brutale : 18 cas en 2024, 67 en 2025, puis 47 cas rien que sur les quatre premiers mois de 2026.

Le PNACO (Parquet national anti-criminalité organisée), créé en janvier 2026, centralise désormais ces dossiers. Sur les 12 enquêtes en cours, 88 suspects sont mis en examen. 75 d’entre eux sont en détention provisoire. La procureure Vanessa Perrée parle d’un « phénomène criminel en forte évolution ».

La France représente à elle seule 70 % des cas mondiaux déclarés d’extorsion liée aux cryptomonnaies. À l’échelle mondiale, ces attaques physiques — appelées « wrench attacks » — ont bondi de 75 % en 2025. Les pertes atteignent 106 millions de dollars depuis début 2026.

Des réseaux criminels organisés qui recrutent des mineurs

Le mode opératoire est désormais bien identifié. Les criminels repèrent leurs cibles grâce à des fuites de données provenant de plateformes crypto. Ces bases de données sont croisées avec des informations publiques pour identifier les détenteurs fortunés.

Fait alarmant : plus de 10 mineurs figurent parmi les 88 mis en examen. Ces jeunes sont recrutés via des canaux Telegram comme « soldats opérationnels ». Ils participent directement aux séquestrations et aux violences. Les charges retenues sont lourdes : enlèvement en bande organisée, extorsion et blanchiment.

Pavel Durov, fondateur de Telegram, a même réagi en affirmant que des « fonctionnaires du fisc français revendent des données aux criminels ». Une accusation grave qui illustre le climat de défiance.

Affaires emblématiques : du cofondateur de Ledger aux couples séquestrés

L’affaire la plus médiatisée reste l’enlèvement de David Balland, cofondateur de Ledger, en janvier 2025. Lui et sa compagne ont été séquestrés par un commando armé. Cette affaire a mis en lumière la vulnérabilité des entrepreneurs crypto, même ceux spécialisés dans la sécurité.

En novembre 2025, un couple a été enlevé à Challes-les-Eaux (Savoie). Les trois suspects, âgés de 25 à 30 ans et déjà condamnés, ont extorqué 8 millions d’euros en cryptomonnaies sous la contrainte. L’enquête a été menée par la section de recherches de Chambéry et l’UNPJ.

Un mois plus tard, à Dompierre-sur-Mer (Charente-Maritime), un autre couple a subi le même sort. Trois hommes masqués les ont séquestrés pendant plusieurs heures. Des liens ont été établis avec l’affaire de Savoie. Dans certains cas rapportés en 2025, les ravisseurs sont allés jusqu’à mutiler leurs victimes pour obtenir les clés privées.

Le gouvernement annonce un plan d’action pour protéger les détenteurs

Face à cette crise, le gouvernement a réagi. Jean-Didier Berger, ministre délégué à l’Intérieur, a annoncé lors de la Paris Blockchain Week un « plan ministériel pour la sécurité des possesseurs de biens numériques ». Ce plan mobilisera l’ensemble des forces de sécurité intérieure.

Une plateforme de prévention destinée aux détenteurs d’actifs numériques a déjà été lancée. Elle a enregistré des milliers d’inscriptions en quelques jours. Les forces de l’ordre utilisent désormais l’analyse blockchain pour tracer les rançons.

L’enquêteur on-chain ZachXBT a contribué au gel de 800 000 dollars de fonds après l’enlèvement du père d’un créateur de contenu français. L’équipe sécurité de Binance a aidé à tracer les paiements sur la blockchain.

DAC8 et fuites de données : un cercle vicieux ?

Le paradoxe est cruel. La directive européenne DAC8, qui impose aux plateformes de collecter des données sensibles sur leurs utilisateurs, pourrait involontairement créer de nouvelles cibles. Plus les bases de données sont complètes, plus elles deviennent précieuses pour les criminels.

Les fuites de données d’exchanges comme Coinbase ont déjà été exploitées. Les criminels croisent ces informations avec les réseaux sociaux et les registres publics. L’affichage de richesse sur les réseaux sociaux constitue un facteur de risque majeur.

Pour se protéger, les experts recommandent de ne jamais divulguer ses avoirs crypto publiquement, d’utiliser des wallets séparés et de limiter les informations personnelles sur les plateformes. La discrétion reste la meilleure défense.

Une menace qui dépasse la France

Le phénomène n’est pas uniquement français. Au niveau mondial, les « wrench attacks » ont atteint 72 cas vérifiés en 2025 selon CertiK. Les pertes ont doublé par rapport à 2024 pour atteindre 40 millions de dollars. En 2026, ce montant a déjà été multiplié par 2,5.

La création du PNACO et le plan gouvernemental marquent un tournant. Mais la course entre criminels et autorités ne fait que commencer. La décentralisation des cryptomonnaies, qui rend les transactions irréversibles, complique la récupération des fonds. Seule une approche combinant prévention, traçage blockchain et coopération internationale pourra endiguer cette vague.


📚 Glossaire

  • Cryptoactifs : actifs numériques basés sur la technologie blockchain, incluant les cryptomonnaies comme le Bitcoin et l’Ethereum
  • Wrench attack : attaque physique visant à forcer une personne à transférer ses cryptomonnaies sous la contrainte ou la violence
  • Telegram : application de messagerie chiffrée utilisée par des millions de personnes, parfois détournée pour des activités criminelles
  • Ledger : entreprise française qui fabrique des portefeuilles matériels (« hardware wallets ») pour sécuriser les cryptomonnaies hors ligne
  • Blockchain : registre numérique décentralisé qui enregistre toutes les transactions de manière transparente et immuable
  • Wallet : portefeuille numérique permettant de stocker, envoyer et recevoir des cryptomonnaies

Questions fréquentes

Pourquoi la France est-elle autant ciblée par les enlèvements crypto ?

La France concentre 70 % des cas mondiaux déclarés. L’explication tient à la combinaison de fuites de données massives, d’une forte adoption crypto et d’un écosystème d’entrepreneurs visibles. En savoir plus sur les risques en crypto

Comment les criminels identifient-ils leurs victimes ?

Ils croisent les fuites de données provenant de plateformes crypto avec les réseaux sociaux et les registres publics. L’affichage de richesse en ligne facilite considérablement le repérage des cibles.

Qu'est-ce que le PNACO ?

Le Parquet national anti-criminalité organisée a été créé en janvier 2026 pour centraliser les enquêtes sur le crime organisé en France. Il est dirigé par la procureure Vanessa Perrée.

Comment protéger ses cryptomonnaies contre les attaques physiques ?

Ne jamais divulguer publiquement ses avoirs, utiliser des wallets séparés avec des montants limités, activer l’authentification multifacteur et limiter les informations personnelles sur les plateformes. Découvrez comment sécuriser vos cryptos

La directive DAC8 augmente-t-elle les risques ?

La directive européenne impose aux plateformes de collecter davantage de données personnelles. Ces bases de données, si elles sont piratées, peuvent créer de nouvelles cibles pour les criminels.


📚 Sources

Cet article s’appuie sur les sources suivantes :

  • Cryptoast – Crypto-rapt : 88 suspects mis en examen, le PNACO se mobilise
  • Journal du Coin – Bitcoin ou la vie : 88 mises en examen dans la vague d’enlèvements crypto
  • Franceinfo – 135 faits recensés depuis 2023 selon le PNACO
  • Blockonomi – France’s Crypto Crisis: 41 Kidnappings in 100 Days
  • Blockchain News – France Tackles Crypto Kidnapping Crisis After 41 Attacks

Comment citer cet article :
Fibo Crypto. (2026). Enlèvements crypto en France : 88 mis en examen, le PNACO face à une vague sans précédent. Consulté sur https://fibo-crypto.fr/blog/enlevements-crypto-france-88-mis-examen-pnaco

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