BIP-361 : faut-il geler un tiers des bitcoins pour contrer la menace quantique ?

📋 En bref (TL;DR)

  • BIP-361 : une proposition de 6 développeurs (dont Jameson Lopp de Casa) pour geler les bitcoins vulnérables aux ordinateurs quantiques
  • 34 % du supply de Bitcoin (6,7 millions de BTC, soit ~420 milliards de dollars) serait concerné
  • Les coins de Satoshi (~1 million de BTC) seraient gelés, car stockés dans des adresses exposées depuis 2009
  • Adam Back (Blockstream) s’oppose au gel forcé et préconise des mises à jour volontaires
  • BitMEX propose une alternative : un « fonds canari » qui ne gèle les coins que si une attaque quantique est prouvée
  • Calendrier : les experts situent la menace quantique crédible entre 2030 et 2035

Faut-il geler un tiers de tous les bitcoins en circulation pour protéger le réseau d’une menace qui n’existe pas encore ? C’est le débat explosif que provoque BIP-361, une proposition publiée le 15 avril 2026 sur GitHub par six développeurs Bitcoin.

Le texte s’attaque à un problème fondamental : les ordinateurs quantiques pourraient un jour casser la cryptographie qui protège les clés privées des utilisateurs de Bitcoin. Et parmi les coins les plus vulnérables, ceux de Satoshi Nakamoto — le créateur anonyme de Bitcoin — figurent en première ligne.

BIP-361 : geler les coins pour les protéger

BIP-361, officiellement intitulé « Post Quantum Migration and Legacy Signature Sunset », est signé par Jameson Lopp (directeur technique de Casa) et cinq autres développeurs. Le plan se déroule en trois phases sur cinq ans.

Phase A (3 ans après activation) : interdire l’envoi de fonds vers les anciens formats d’adresses vulnérables. Les utilisateurs peuvent encore retirer leurs fonds, mais pas en recevoir de nouveaux. L’objectif est de pousser tout le monde vers des adresses résistantes au quantique.

Phase B (5 ans après activation) : invalidation de toutes les signatures cryptographiques classiques (ECDSA et Schnorr). Tout bitcoin non migré devient gelé — impossible à dépenser.

Phase C (futur) : un mécanisme de secours par preuves à divulgation nulle de connaissance permettrait aux propriétaires ayant encore leur phrase de récupération de débloquer leurs fonds.

Lopp reconnaît lui-même l’impopularité de sa proposition : « Je n’aime pas BIP-361. Je l’ai écrit parce que l’alternative me plaît encore moins. » Il espère que cette mesure ne sera jamais nécessaire, mais préfère avoir un plan prêt.

Le cas Satoshi : 1 million de BTC en jeu

Les coins de Satoshi représentent le cas le plus emblématique. Environ 1 million de BTC (valeur estimée : 74 milliards de dollars) sont stockés dans des adresses P2PK — le format le plus ancien de Bitcoin, où la clé publique est directement visible sur la blockchain.

Ce format est le plus vulnérable aux attaques quantiques. Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait dériver la clé privée à partir de la clé publique, puis voler les fonds. Puisque Satoshi a disparu depuis 2010, ces coins ne seront jamais migrés volontairement.

Au total, 6,7 millions de BTC (environ 34 % du supply total) sont exposés. Parmi eux, 5,6 millions n’ont pas bougé depuis plus de dix ans. Les auteurs de BIP-361 citent Satoshi lui-même pour justifier l’approche : « Les coins perdus ne font qu’augmenter la valeur des autres. Les coins volés par un ordinateur quantique ne font que la diminuer. »

Adam Back : « Des mises à jour volontaires suffisent »

Adam Back, fondateur de Blockstream et l’une des figures les plus respectées de l’écosystème Bitcoin, s’oppose au gel forcé. Selon lui, les ordinateurs quantiques restent « essentiellement des expériences de laboratoire » avec des progrès « incrémentaux » sur 25 ans.

Back préconise plutôt des mises à jour volontaires et optionnelles intégrées au cadre Taproot existant. Il donne aux utilisateurs environ une décennie pour migrer à leur rythme. Blockstream teste déjà des signatures résistantes au quantique sur Liquid, la sidechain de Bitcoin.

Le désaccord fondamental entre les deux camps : Lopp estime que les développeurs ne pourront pas se coordonner rapidement en cas d’urgence. Back parie sur le contraire. « Des bugs ont été identifiés et corrigés en quelques heures. Quand quelque chose devient urgent, cela concentre l’attention. »

L’alternative BitMEX : le « fonds canari »

BitMEX Research propose une troisième voie : un système d’alerte précoce plutôt qu’un calendrier imposé. Le principe : créer une adresse Bitcoin spéciale dont la clé privée est mathématiquement inconnue. N’importe qui peut y déposer des BTC en guise de prime.

Si un ordinateur quantique parvient à dépenser ces fonds, c’est la preuve on-chain que la menace est réelle. Cela déclenche automatiquement un soft fork de protection. Pas de deadline arbitraire, pas de gel préventif.

La critique ? Un attaquant rationnel pourrait ignorer le canari et cibler directement les portefeuilles les plus riches.

Quelle est la réalité de la menace quantique ?

Aujourd’hui, aucun ordinateur quantique ne peut casser la cryptographie de Bitcoin. Les machines actuelles comptent quelques milliers de qubits. Casser l’algorithme ECDSA de Bitcoin nécessiterait entre 500 000 et 13 millions de qubits, selon les estimations.

Mais la recherche progresse. Un article de Google Quantum AI publié fin mars 2026 avec Stanford et la Fondation Ethereum affirme qu’un ordinateur quantique pourrait casser ECDSA en neuf minutes — proche du temps de bloc de Bitcoin. Les ressources nécessaires ont été divisées par 20 par rapport aux estimations précédentes.

Le rapport Presidio Bitcoin situe la probabilité à 50 % d’un ordinateur quantique capable entre 2030 et 2035. Google prévoit sa propre transition vers la cryptographie post-quantique d’ici 2029.

Le débat n’est plus « est-ce que le quantique cassera Bitcoin ? », mais « quand, et Bitcoin sera-t-il prêt ? ». La fenêtre de 5 ans proposée par BIP-361 correspond aux estimations basses de l’arrivée des machines capables.


Glossaire

  • Ordinateur quantique : machine exploitant les propriétés de la physique quantique (superposition, intrication) pour effectuer certains calculs exponentiellement plus vite qu’un ordinateur classique.
  • ECDSA : algorithme de signature numérique utilisé par Bitcoin pour prouver la possession d’une clé privée sans la révéler. C’est cette cryptographie que le quantique menace.
  • BIP (Bitcoin Improvement Proposal) : document formel proposant des modifications au protocole Bitcoin. Tout le monde peut en soumettre un, mais l’adoption nécessite un consensus de la communauté.
  • Soft fork : mise à jour du protocole Bitcoin rétrocompatible. Les anciens nœuds continuent à fonctionner, mais les nouvelles règles s’appliquent aux nœuds mis à jour.
  • P2PK (Pay-to-Public-Key) : le format d’adresse Bitcoin le plus ancien. La clé publique est directement visible sur la blockchain, ce qui le rend particulièrement vulnérable aux attaques quantiques.
  • Qubit : unité de base de l’informatique quantique, équivalent du bit classique. Un qubit peut être dans plusieurs états simultanément grâce à la superposition quantique.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Est-ce que les ordinateurs quantiques peuvent voler mes bitcoins aujourd'hui ?

Non, pas aujourd’hui. Les ordinateurs quantiques actuels sont encore loin de pouvoir casser la cryptographie de Bitcoin. Les experts estiment que la menace pourrait devenir réelle entre 2030 et 2035. En savoir plus sur les risques en crypto

Qu'est-ce que BIP-361 propose exactement ?

BIP-361 propose de geler tous les bitcoins qui n’auront pas migré vers des adresses résistantes au quantique dans un délai de 5 ans. Cela concerne environ 34 % du supply total, dont les coins de Satoshi Nakamoto.

Les bitcoins de Satoshi Nakamoto sont-ils en danger ?

Les ~1 million de BTC attribués à Satoshi sont stockés dans le format P2PK, le plus vulnérable. Comme Satoshi a disparu, ces coins ne seront jamais migrés et seraient gelés sous BIP-361. Qui est Satoshi Nakamoto ?

Mes bitcoins sur un wallet moderne sont-ils protégés ?

Les adresses modernes (SegWit, Taproot) n’exposent la clé publique qu’au moment de la transaction. Cela offre une meilleure protection, mais pas totale. La migration vers des formats post-quantiques sera à terme nécessaire.

BIP-361 a-t-il des chances d'être adopté ?

C’est peu probable à court terme. La proposition est controversée car elle remet en cause le principe fondamental de Bitcoin : la propriété inconditionnelle des coins. C’est un premier jet pour anticiper la menace. Comprendre Bitcoin


Sources

Cet article s’appuie sur les sources suivantes :

  • CoinDesk — Bitcoin’s quantum debate splits as Adam Back pushes optional upgrades
  • Bitcoin Magazine — Bitcoin Developers Propose Quantum Migration Plan
  • Decrypt — New Bitcoin Proposal Would Freeze Coins to Counter Quantum Threat
  • CoinDesk — Jameson Lopp says it’s better to freeze 5.6 million BTC than let hackers have them
  • Bitcoin.com — Scarcity Pump or Monetary Suicide? The Radical Argument Against BIP-361

Comment citer cet article :
Fibo Crypto. (2026). BIP-361 : faut-il geler un tiers des bitcoins pour contrer la menace quantique ?. Consulté le 16 avril 2026 sur https://fibo-crypto.fr/blog/bip-361-bitcoin-menace-quantique-gel-coins

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